mardi 15 septembre 2015

A chacun son sort

Elle pense, au milieu des passants, de leurs regards blancs, lointains,
Elle pense, cachée dans son silence, son ultime défense, à demain.
Demain elle ira encore, même si déjà, sa volonté frissonne,
Où mènent ses pas qui résonnent


Elle pleure, des larmes chrysanthèmes, et son visage blême, se noie,
Elle pleure, marchant parmi les ombres, au milieu des décombres, de sa joie.
Sa joie qui hier encore, éclaboussait, comme des milliers de bulles
Est morte alors qu'elle déambule

             Et peut-être la croisez-vous
            Quand au soir vous rentrez chez vous
            Main tendue, blessée, dans un dernier effort
             Mais déjà son visage s'efface
            Invisible pour les pantins de glace
            Cœurs perdus, fermés, et à chacun son sort

Elle marche, ballerine fragile, silhouette gracile, pâle,
Elle marche, comme on suivrait un fil, dans les rues qui défilent, sale.
De là haut demain encore, les poings serrés, le miroir des eaux
De la Seine comme un tombeau
           
            Et peut-être la verrez-vous
            Dans le soir, en rentrant chez vous
            Corps tendu, penchée, dans un ultime essor
            Mais qui pleure quand arrive l'automne
            La danse des feuilles qui tourbillonnent,
            Cœurs perdus, fermés, et à chacun son sort,
            Et à chacun son sort.


---  Ceci est une fable, s'il fallait le préciser  ---

mercredi 13 août 2014

Légitime défense


Le pardon n’est pas un acte de générosité envers autrui.
Le pardon, le vrai, est égoïste.

Je ne parle pas du « je te pardonne d’avoir mangé le dernier carré de chocolat » ou « je te pardonne d’être arrivé en retard ».

Mais du « je te pardonne de m’avoir tant fait souffrir que j’ai pensé à mourir pour que la douleur, intolérable, cesse ».
Je parle de la douleur que l’autre nous a infligée, celle qui nous a laissé(e) à terre, celle qui nous a fait découvrir des contrées de nous-mêmes jusqu’alors inconnues, des abîmes sans retour pour certain(e)s, ou rien d’autre que la douleur ne nous atteint plus.

Celle qui nous a laissé(e) autiste au monde, à nos proches, à la vie qui continue, celle qui a fait chanter les sirènes du sommeil éternel comme unique salut.
Le mécanisme du pardon, du vrai pardon dans de telles circonstances, est long et difficile.

Il nécessite une prise de conscience tout d’abord, puis un travail sur soi laborieux.
On s’attache à sa haine, à sa colère, à sa rancune.
C’est une compagne qu’il est paradoxalement difficile de laisser partir, notamment lorsqu’elle nous accompagne pour la première fois.

Les chemins de ces contrées sont inconnus, la douleur nous vrille le cerveau, le ventre, elle prend toute la place, elle est toute la place, et le bon sens a alors disparu depuis longtemps.

Renoncer à la douleur, c’est renoncer à ce qui a généré la douleur. Et c’est le fond du problème, l’essence de la difficulté.
On souffre parce que l’on a perdu quelque chose, quelqu’un, et la douleur (la haine, la rancune…) est notre dernier point d’attache avec ce que l’on a perdu.
Comprendre cela est le premier pas pour accepter de commencer le travail pour la laisser partir.
Il faudra dès lors lutter contre l’envie, le besoin qui nous paraît vital, de conserver ce dernier point d’ancrage à l’autre.

La douleur est tout ce qu’il nous reste de l’autre.
On y tient.
Si si, au final, c’est bien de cela qu’il s’agit. On veut que ça s’arrête, que ça s’arrête à tout prix, quand la douleur est telle qu’elle en devient physique, qu’on pourrait presque dessiner son contour à l’intérieur de nous tant on la ressent physiquement, mais c’est si difficile parce qu’on l’empêche inconsciemment de partir.

Parce que c’est tout ce qu’il nous reste de l’autre.

Alors oui, c’est un vrai travail de deuil. Réellement. Il faut accepter de la laisser partir, de laisser partir l’autre.
A jamais.

Comment faire ?
La prise de conscience pour moi, commence lorsqu’arrive le moment où l’on réalise que l’autre ne nous fait plus aucun mal. Nous sommes le/la seul(e) à nous l’infliger après un certain temps. Il nous a passé le flambeau, et est parti sous d’autres cieux, libéré.

Notre colère, notre haine, alimente notre propre douleur.
Plus rien d’autre n’existe, et c’est comme si tout l’univers autour de nous c’était rétréci. La sensation d’un trou noir (1) dans lequel serait aspiré tout notre univers. Plus aucun autre horizon au-delà des limites de la douleur que l’on ressent en soi, tout s’arrête là, aucune autre perspective.
On ne voit plus rien d’autre, on n’est plus rien d’autre.

Les ami(e)s se lassent de cet état qui dure, ne comprennent pas que l’on ne réagisse pas. Et pour cause. Ils n’existent plus, ils sont au-delà de l’horizon de la douleur. Ils ne parviennent plus jusqu’à nous, il n’y a rien ni personne d’autre que soi-même dans ces contrées, soi-même et la douleur.

Je me représente et me rappelle ce moment comme une chambre capitonnée à l’intérieur de soi. Une chambre capitonnée au fond d’un gouffre sans fond, au fond du trou noir, où l’on est perpétuellement aspiré(e) et d’où l’on a le sentiment que l’on ne pourra jamais sortir.

La médication (inévitable lorsqu’on en est arrivé(e) là), va permettre d’assurer la survie physique, de continuer à s’alimenter notamment. De « penser » à s’alimenter, d’y arriver et d’accepter de s’alimenter.
D’arrêter de pleurer, de hurler la douleur.
D’arrêter de penser à mourir, de nous éviter de passer de l’envie à l’action.

C’est un début.

Mais elle n’ouvrira pas la porte de la chambre capitonnée.
Cependant pour imager, je dirais qu’elle permet en quelque sorte d’y mettre comme une fenêtre, un miroir, qui va pour la première fois nous donner une autre perspective que les murs de la chambre capitonnée.

Et la trêve de la douleur que la médication va apporter, permettra par le biais du miroir, de se voir et de mettre le pied sur la première marche pour sortir du gouffre.
Car nous seul(e) avons la clé de la chambre capitonnée. Et la clé est le pardon.

Que voit-on alors dans le miroir, entre nos 4 murs ?
On se voit soi, et la douleur. L’autre, celui qui a généré la douleur initialement, a disparu. Il a dis-pa-ru. Il n’est plus là, ce n’est plus lui qui nous fait mal ! C’est nous-mêmes.
On réalise à quel point c’est vain et autodestructeur.
Et surtout, on réalise pour la première fois, que l’on a la possibilité de stopper tout cela.
Que c’est de nous que cela dépend ! Car nous sommes devenu(e) notre propre bourreau.
On réalise que l’autre n’a plus le pouvoir, que c’est nous qui l’avons.
On comprend enfin, on voit que l’autre est parti, qu’il nous a délégué son pouvoir, en nous confiant la pièce capitonnée.

Non, il n’est pas parti avec la clé. On cesse de serrer les poings, on ouvre la main et on y trouve la clé.
Tout ça prend énormément de temps.
Mais quand on trouve enfin la clé, c’est comme un coup de pied du fond d’un océan vers la surface. L’aspiration du trou noir cesse.

On laisse partir l’autre, on laisse partir la douleur.

Je te pardonne tout le mal que tu m’as fait. 
Je te pardonne de ne plus m’aimer. 
Je te pardonne de ne plus être là, je te pardonne de n’avoir plus besoin de moi, je te pardonne de ne plus  être indispensable à ta vie, je te pardonne tout, c’est fini, c’était une autre vie, ça n’a plus d’importance. 
Je te pardonne d’être heureux sans moi, je te pardonne de pouvoir vivre sans moi, je te pardonne l’avenir que nous n’aurons pas, je te pardonne d’être parti avec, avec le seul avenir que j’avais imaginé, espéré, rêvé 
Je te souhaite d’être heureux,  pars, pars ma douleur, pars mon amour, ma compagne, pars avec lui, je peux continuer seul(e) maintenant, je n’ai plus besoin de toi, je n’ai plus besoin d’avoir mal, de me faire mal pour le garder, il est déjà parti, je ne veux plus mourir, je n’en ai plus besoin. 

Il ne peut plus m’atteindre, je ne lui en veux plus.

Et la chambre capitonnée n’est plus.
Un milliard de tonnes lesté à nos pieds tombent au fond du trou noir.
L’horizon s’ouvre sur le reste du monde, l’autisme disparaît.

Non, non ce n’est pas un acte de générosité envers l’autre.
C’est un cadeau que l’on se fait, à soi.
C’est un acte de résilience, de légitime défense.


(1)                                                          Après coup, j’ai découvert que la notion de « trou noir » en psychologie s’apparentait à l’un des aspects de l’autisme, qui traduit bien en partie la sensation que l’on ressent dans ces moments-là :


http://books.google.fr/books?id=--Loe9lkbUIC&lpg=PA298&ots=Miyk_eaHPu&dq=trou%20noir%20psychologie&hl=fr&pg=PA298#v=onepage&q=trou%20noir%20psychologie&f=true

dimanche 10 août 2014

Et si je t’aime, prends garde à toi !


J’ai longtemps cru qu’en amour, il ne pouvait y avoir un mot plus haut que l’autre. La parfaite complicité, la compréhension systématique, l’échange calme et entendu, l’accord permanent, la douceur, et ils vécurent heureux bla bla bla. La perfection.

Sans cet accord systématique, je devais faire fausse route. Tout n’étant pas parfait. En réalité, j’ai longtemps cru que dispute était égale à désamour. Risque. Rupture imminente.

Et dans une certaine mesure, je n’avais pas tort, puisque c’est ce qu’il résultait de mes expériences.
Comment aurait-il pu en être autrement ? A chercher à tout prix une espèce de « fondue » des esprits, chacun finit par fondre justement et perd de sa consistance, de sa substance, en particulier  moi qui cherchais à coller aux désirs de « l’autre », pour ne pas être désavouée.

Aussi fort soit l’amour que l’on porte à l’autre, agir par peur de le perdre  et aménager son comportement en fonction de cela, mène inévitablement à une double perte. Celle de l’autre et sa propre perte.
Plus dure est la chute pour celui/celle qui pense avoir tout donné, tout fait pour préserver son amour, sacrifiant jusqu’à sa personnalité sur l’autel de l’aimé, (qui n’en demandait peut-être pas tant), et se perdant lui/elle-même en chemin.

Que reste-t-il de leurs amours… une enveloppe vide et sans force, qui peine à se tenir debout, ayant le sentiment de ne plus être, que l’autre est parti avec tout ce qui la constituait, tout ce qui faisait sa consistance.
Un cocon vide, une régression, un embryon de douleur, un invertébré qui rampe dans l’humidité de ses larmes, un spectre, une agonie sans fin.

Allez vous relever après ça.

Je pense que beaucoup de problèmes sont le fait de questionnements et de modes de raisonnement mal élaborés, un dysfonctionnement dans notre schéma de pensée.
Ainsi donc, moi qui pensais que pour être sereine et entière, il ne fallait pas perdre celui que l’on aime, en suis venue à penser que pour être sereine et entière, il ne faut pas avoir peur de perdre celui qui nous est le plus cher, et  je réalise qu’à vrai dire, il  faut plutôt, au risque de perdre celui qui nous est le plus cher, être sereine et entière.

C’est une énorme différence.

Garder sa « structure », son armature, ce qui nous construit, pour ne pas s’écrouler quoi qu’il arrive.
Ne pas donner son essence, mais laisser l’autre venir à sa rencontre, et aller à la rencontre de la sienne. Les mélanger au sein d’un terrain commun, le couple.
L’amour a ses propres règles, où 1+1 = 3, soi-même, l’autre, et « nous ». Pas 1, une fusion où l’un s’oublie complètement, ni 2, où chacun reste finalement étranger à l’autre.

Si bien que chacun gardant son identité, les désaccords peuvent apparaître, exploser, s’exprimer, se discuter, sans pour autant faire disparaître, ou craindre de faire exploser le terrain commun du couple.
La crainte n’évitant pas le danger comme chacun sait, la disparition de la crainte non plus cela dit.

Si j’y réfléchis bien, 3 personnes ont le privilège (mais oui), de me voir en colère. Vraiment en colère.
Mes enfants et mon homme. L’amour envers et des premiers est indéfectible et inconditionnel, et j’ai suffisamment confiance en mon homme pour savoir qu’il a les épaules pour cela et qu’il peut aussi entendre « cette partie de moi ».
Je ne me fâche pas avec le reste du monde. Le reste du monde m’importe peu, ne m’est pas essentiel. La famille proche étant dans un autre cadre.

Oui mes hommes, petits et grands, (en vérité je vous le dis ! ) : soyez heureux de connaître mes colères (si si), car à vous seuls je laisse l’opportunité de me toucher assez pour les provoquer, vous seuls connaissez toutes mes facettes, et vous seuls détenez entre vos mains et en vos cœurs, la confiance qu’il me faut pour me permettre d’être entière et authentique auprès de vous.

Une fois cela posé, vient la question de la réciproque.

L’amour filial et maternel n’était pas le sujet, j’en reviens à la relation amoureuse.
Je suis de celles qu’un froncement de sourcils va immédiatement mettre en alerte. Autant dire que si la voix de l’homme s’élève, et si je suis en tort, je me glisserais volontiers sous le canapé si j’en avais la possibilité.

Mais comme il le souligne, si parfois nous ne nous entendons pas, nous nous écoutons toujours.
Et même si sa colère peut provoquer la mienne dans une réaction de défense si je n’en comprends pas immédiatement la raison, elle génère toujours à posteriori la réflexion, et il en est de même pour lui. C'est aussi ainsi que nous avançons. Pas seulement heureusement, mais aussi.

Pour autant aujourd’hui, généralement (encore un peu de travail à faire), je n’ai plus la crainte d’être "désaimée" dans ces moments.

D’autant que, la colère étant la sienne ou la mienne, c’est lui qui mène la barque pour faire redescendre la pression, puisque je perds la plupart du temps tout self contrôle pour ma part, si l’on me « pousse » trop loin.

Il faut alors qu’il ait sacrément le pied marin et sache naviguer lorsque c’est moi qui suis dans la tempête.


Mais Dieu, que je l’aime lorsqu’il nous ramène au port.

jeudi 17 avril 2014

A notre vérité soumise


J’ai mis le cap sur d’autres lieux, d’autres rivages où tu m’attends, depuis longtemps déjà pendant que je divague, sans étoile dans mes cieux

Je garde à l’esprit comme vissée à l’âme, au milieu de la nuit où je chemine sans bruit, le souffle de ta voix qui guide la profane

Faire demi-tour je n’en ai plus envie, car que n’ai-je vécu si je n’ai rien risqué, le semblant d’un frisson l’amorce  d’un baiser, quand tu m’offres ma vie

Au bout de ce fleuve qui parfois se déchaîne, comme l’ultime épreuve le miroir que tu tends, celle que je devine à peine, qui elle aussi m’attend

Quelle étrange pensée que tu n’aies jamais vu, par delà mes abysses que son parfait reflet, par delà mes brouillards que ses traits attendus, où je ne vois qu’esquisse

S’il n’est qu’un voyage que je dois entreprendre, le plus périlleux sans aucune méprise,  qu’il soit au creux de mes méandres, à notre vérité soumise.

mercredi 2 avril 2014

D'un inconnu à une inconnue




Il y a quelques années de ça, je bataillais déjà pour joindre les deux bouts.

Passées les nécessités matérielles et celles du ventre, passés les besoins, je ressentais cet après-midi là une envie, forte. 

Il me fallait lire, j’avais subitement envie de m’offrir quelque lecture qui me permettrait peut-être de m’évader un peu. Je n’avais pas envie d’autre chose, je voulais lire,  une envie presque irrationnelle, irrépressible.

J’allais, sans un sou en poche, comme d’autres font les vitrines et rêvent devant des robes hors de prix et autres objets inaccessibles, regarder les nouveautés littéraires et m’abîmer dans la lecture des résumés.

Je lirais bien celui-ci, il me faut celui-là, passant un moment interminable à faire semblant de choisir, sachant que je repartirais sans rien. Je ne suis pas de celles qui se font envie devant ce qu’elles ne peuvent avoir, pourtant ce jour-là je ne pu m’empêcher de toucher les livres et de contempler tout ce à quoi je ne pourrai accéder.

Je finis par rentrer bredouille, sans surprise.

Ce qui me rendis dépitée, et profondément triste. Sur le chemin du retour, je m’attardais le long du canal, c’était un jour d’été et il faisait beau. Je me sentais seule et déprimée, et n’avais pas envie de rentrer. Mon sentiment d’injustice et moi nous assîmes sur un banc face aux bateaux, à ruminer sur mon sort, moi qui n’avais même pas de quoi m’offrir un livre.

Cette envie frustrée assombrissait ma journée, et m’avait plongée dans un état d’esprit très noir, dans une grande tristesse, de façon disproportionnée.
Autant l’envie avait été subite et forte, presque incongrue, autant je savais avant de partir que je reviendrai bredouille, autant j’étais déçue de constater qu’en effet, j’étais revenue bredouille. La déception était énorme, enfantine, capricieuse et mordante.

Une silhouette sortit d’un bateau devant moi, et un homme s’approcha.
Il s’assit à côté de moi, et me dit « excusez-moi, est-ce que vous aimez lire ? ».
Sa question était tellement à propos, que j’eu l’impression qu’il avait lu mes pensées, et je bredouillai « oui, pourquoi ? ».
« Parce que je fais un tri, et j’ai plusieurs sacs de livres dont je me sépare, je voudrais les donner à quelqu’un qui aime lire,  je vous les donne si vous voulez ».

…

Je retournai chez moi avec une vingtaine de livres.

Aucun ne m’a plu finalement (il ne faut pas pousser la chance), mais je suis rentrée ce jour là le cœur léger,  et cet inconnu avait balayé en une seconde tout le ressentiment et la peine que j’avais accumulés au fil de la journée. J’avais du baume au cœur.

J’ai gardé cet instant dans ma mémoire comme une question, un grand point d’interrogation sur ce qui s’est passé ce jour là. Un petit moment de grâce.

Même quand je mets les mots « coïncidences » et « chance » sur ce moment, le point d’interrogation demeure, contre ma volonté, avec un doux sentiment de chaleur, comme un petit bout de pur bonheur, celui d’avoir reçu un cadeau, et d’en avoir fait un en retour, d’un inconnu à une inconnue.


jeudi 31 octobre 2013

Attache-moi



Illustration avec l'aimable autorisation de
Philippe (hôte), Darklight (photographe),
 Misungui (modèle) et Kinbaku PH (senseï)
Mon homme, attache-moi, à toi, à nous, montre-moi qui nous sommes, et dis-moi que mon corps ne peut être que tien

Entoure ma chair de l'essence de ton cœur, donne-moi l’indicible, la chaleur, celle qui brûle en notre sein

Serre-le autour de moi, rassure-moi, dis-moi encore que je suis à toi, offre-le moi, enveloppe-moi et possède moi, vois comme je t’appartiens

Efface le monde autour de nous, arrime mon corps que je le quitte, et libère moi de ton joug, abandonnée entre tes mains

Désincarnée et exposée, laisse-moi tomber au fond de moi, et retiens-moi de ton carcan de soie lorsque j’y serai partie, loin

Sens comme tu possèdes mon âme alors que tu m’enlaces, comme son pouvoir est fort tandis qu'à toi je le passe, et ce qu’il en advient

Évaporée, dans un endroit étrange réfugiée,  je t’honorerai alors d’être de mon corps, l'allié et le gardien

De loin, tes mots qui me caresseront, fils d’Ariane de cet espace sans nom, jusqu'à ton corps contre le mien

Quand j’aurai tout perdu, je t’aurai tout donné, et par son habit tressé, à mon âme tu feras retrouver de son corps, le chemin

Doucement, fais-moi revenir au monde, deviens les liens qui entourent mon être, dis-moi où je dois être alors que je reviens

Délimite mon espace et prépare mon retour, serre mon corps alors que je retombe au creux de ton amour, ébahie que tu sois mien

Si je m'en suis allée je ne t'ai pas quitté, et en ouvrant les yeux je veux m'apercevoir, que tu m'as escortée, en contemplant les tiens

samedi 19 octobre 2013

Le voyage immobile



Il est des cages qui sont invisibles.
Des carcans imaginaires qui enserrent et empêchent de respirer tout l'air que l'on voudrait, des chaînes qui vous rivent au sol quand l'on voudrait voler.

Parfois, on naît avec.
Parfois, elles s'immiscent et se verrouillent doucement, au fil du temps, sans bruit, sans que l'on s'en rende compte.
On se croit libre, mais on est comme l'oiseau auquel on a coupé une plume.
On vole, dans un espace restreint, croyant être libre, on respire, croyant inspirer tout l'air nécessaire.

La vie s'écoule, on apprend à évoluer dans cet espace restreint, qui convient à tout le monde, et l'on fait taire ce qui couve au fond de soi, cet élan qui dit on ne sait quoi, ce chuchotement inintelligible qui voudrait nous dire que l'on attend quelque chose.

On sent bien que l'on est incomplète, sans savoir pourquoi, ce qui nous manque, ce que l'on cherche, ce que l'on espère.
Quelle meilleure façon de ne pas être déçu(e) que de ne rien attendre.

Pourtant c'est toujours là.
Un sentiment d'incomplétude.
Une sensation d'inaccompli.
Une aspiration à l'absolu.
Un trouble qui vient gâcher le vol de l'oiseau qui se croit libre.

Quel paradoxe que de vouloir museler cette voix qui voudrait briser la cage, pour mieux se sentir libre dans cette fausse liberté.
Quelle paradoxe que d'avoir peur de sa liberté, entière.

On traverse alors sa vie comme un voyageur sans destination, visitant des paysages toujours identiques, où il manquerait l'essentiel, le sentiment de se sentir chez soi, le sentiment d'être soi-même, d'être là où l'on voudrait être, où l'on devrait être.
Le sentiment de l'évidence. Je suis moi, et je suis là où je dois être.

Il est des personnes qui sont comme des terres. Elles nous ramènent à nous-même, à nos racines. Des miroirs de l'âme.
On les découvre et c'est soi-même que l'on découvre, on les écoute et c'est notre chuchotement qui devient enfin intelligible, on les suit et c'est notre chemin que l'on parcourt.

Et comme le voyageur s'émerveille en ayant enfin trouvé son port d'attache, comme il sent dans ses tripes que c'est ici, ici qu'il se sentira chez lui, ici qu'il plantera ses racines, comme lui on sent nos propres racines se planter dans son sol, et s'ancrer dans les pas de cet autre qui nous a révélée. Il devient nos terres, notre maison.

On prend alors toute la mesure de la fausse liberté dont on jouissait jusque là, comme si l'on découvrait qu'on avait toujours respiré d'un seul poumon.
On prend la mesure de la vraie liberté, celle d'être enfin soi-même.
On prend le risque d'être libre, quand bien même cette liberté paraîtrait tout le contraire au reste du monde. Quand bien même elle prendrait la forme d'une autre cage, mais que l'on a choisie et dont on peut s'extraire à tout moment.

Parce que face à celui qui nous offre cette liberté et qui seul peut la comprendre et nous l'offrir, face à celui-ci le reste du monde ne pèse pas lourd.

Et si cette liberté s'exprime à priori paradoxalement par des liens, quelle importance, si d'aucun n'y voit que des liens c'est qu'il est aveugle. D'autres liens se tissent, comme les racines dans la terre que l'on a choisie, qui nous a choisie. 
Et plus elles s'ancrent dans cette terre, plus on grandit, plus on s'agenouille à ces racines et plus on s'élève.

Même s'il n'est pas toujours facile de prendre le chemin de la connaissance de soi, que cela ranime des choses enfouies, même si le chemin est sinueux ou douloureux, c'est sur ces terres là que l'on veut désormais cheminer, vieillir et se sentir enfin chez soi, tout en commençant enfin le voyage, le voyage immobile.

vendredi 18 octobre 2013

L'aile et l'île


Elle était un océan tranquille, un océan sans île, sans île à qui offrir son eau. A perte de vue, nul rivage au sable blanc, auquel caresser les flancs de son ressac lancinant. Elle était une mer sans terre, sans terre à porter, un ventre vide sans aucune marée. Elle cherchait son île, celle qui la porterait, elle.

Il vivait dans un autre lieu, un autre temps où elle se disait aime, il parcourait lentement son chemin, pour finalement parvenir à faire peau neuve,  attendant le jour où il serait l’île d’une qui serait son elle, auprès de qui il serait L, pour braver ensemble les épreuves.

Des envolées ils en eurent pourtant, avant que l’écume d’elle ne rencontre son île, avant que son eau ne vienne s’offrir à ses plages exquises. Faux départs, mauvaises arrivées, chutes libres sans ailes, îlots aux amours infertiles, faut-il regretter ces voyages passés quand ils mènent à la terre promise.

Au détour d’un delta, le courant les fît se rencontrer. S’était-il assez amusé de les voir se chercher, ou lassé de les voir s’entêter, à leurs errances il mit un terme.  Nul ne sait lequel pris l’autre sous son aile, qui par l’autre fût sauvé,  l’île avait trouvé son elle, elle avait trouvé son il, un berceau de douceur pour l’île, et pour elle la terre ferme.

Elle s’allonge de toutes ses vagues au bord de son sable, s’étend et s’étire, offrant d’elle la douceur de ses flots. Du sommet de son île, de ses plus hautes cimes, il surplombe l’océan, ancré dans les profondeurs de ses abîmes, maître de ses eaux.

Et lorsqu’au soir couchant, le silence se fait, comme une respiration, on peut entendre au large de l’île un chant répéter doucement, L aime elle, elle aime L, douce rengaine portée par les vents, de leurs cœurs l’expiration.




jeudi 3 octobre 2013

Petite ritournelle d'M


Trois petits points pour trois petits mots, passagers échoués sur une plage tarie, cherchent mes lèvres rougies pour exprimer de mon cœur, l'écho.

Ensablés, fatigués, ils s'étaient endormis, de trop s'être dits, s'étaient évanouis, effarouchés les voilà qui s'éveillent et sortent de leur sommeil.

Trois petits points pour trois petits mots, timidement parcourent les environs, pour un mode d'expression.

Que je caresse ton visage, ils sont au bout de mes doigts, que je t'embrasse ils bataillent au bord de mes lèvres, que je te regarde et au fond de mes yeux tu les vois.

Ils se précipitent sous tes mains dès que tu me frôles, et sont dans chaque atome de mes bras quand ils se font ta geôle. 

Trois petits points pour trois petits mots, petits marins espiègles de mon cœur palpitant, à défaut d'être parlants, voguent au fil de mon eau.

Comme des fruits attendant d'être mûrs [très mûrs, limite...], ils prennent le soleil, se prélassant  sous notre azur.

Et quand au gré de l'eau vive ils auront fait leur chemin, de mes entrailles jusqu'à mes lèvres et leurs murailles, elles s'ouvriront et tu entendras des trois petits points, leur nom.

Petite ritournelle d’m

dimanche 8 septembre 2013

J'aurai ce que je mérite

                                
« La mort ne nous concerne en rien puisqu’elle ne concerne ni les vivants parce qu’elle n’est pas, ni les morts parce que nous ne sommes plus », Epicure.
Alors à quoi servent les rites funéraires ?
A éloigner le corps, nous épargner la vision de sa décomposition, cacher l'épouvante à laquelle nous sommes tous promis. Non, vraiment, à rien d'autre.

Le reste n'est que prétexte à ça, depuis la nuit des temps. Montrer sa peine (ça sert à quoi) ? Dire adieu (à qui ? Il fallait le faire avant !) ? Soutenir la famille (franchement, ça va changer quelque chose à leur chagrin ??) ? 
On se réunit, surpris de constater qu'alors qu'il est trop tard, tout le monde ou presque a répondu présent pour dire adieu à quelqu'un qui n'entend plus, davantage qu'à l'occasion d'un joyeux événement, quand "il était encore temps". La mort rend disponible.

On y pleure, de son propre chagrin ou par compassion, parce que le chagrin de ceux qu'on aime est insupportable.
On écoute un homme qui ne connaissait pas la "disparue", nous dire qu'elle est morte parce qu'elle était bonne et qu'elle est aux côtés de Dieu maintenant, et qu'il faut être heureux pour elle.
Parce que c'est cool d'être aux côtés de Dieu, et qu'il a le droit, lui, de dire "tiens elle est trop bonne, hop par ici".

Quoi ? Elle a 4 filles et un époux qui viennent de perdre leur frère/enfant, sans compter toutes les autres épreuves, et qui n'en supporteront pas davantage ? Baaaaah oui mais bon... tant pis. Moi d'abord.
Et tant qu'à faire, autant faire partir le fils avant la mère condamnée, histoire de bien rajouter de la douleur morale à sa douleur physique avant sa propre mort.
Ben pourquoi tu ne fais pas les choses à fond ? Prends les tous en même temps ! ça change quoi pour toi ?
Ha ben non j'suis bête. Ils n'auraient pas le bonheur de savoir que tu leur fais subir cette "terrible épreuve" parce que tu les aimes justement, et parce qu'ils sont "bons", et sont tes "enfants".
C'est bien connu, on fait souffrir le plus possible nos enfants, en leur rappelant bien que c'est parce qu'on les aime. On va quand même pas se montrer aimant faudrait pas déconner, ça serait trop simple.

Mais faudrait savoir.
Tu prends les bons, mais tu laisses les bons, les premiers parce qu'ils sont bons, les seconds parce qu'ils... sont bons... 
Ha ça y est j'y suis : "Dieu ne peut pas sauver tout le monde".
Alors si mourir, c'est être sauvé... l'enfer c'est ici ? Dans ce cas qu'est-ce qu'on doit craindre si le pire est déjà là ?
Démerdez-vous avec ça.

Bref. Ce simulacre de Père divin, céleste, sert à se rassurer et à atténuer sa propre peine,(pour ma part, la cérémonie ne fait que l'accentuer davantage), la disparue n'a pas vraiment disparu, et elle est plus heureuse qu'elle ne l'a jamais été. (Haaa ben tout va bien alors).
Donc nos pleurs ne sont pas pour elle, on pleure sur nous-mêmes, égoïstement, de la privation de sa présence. Culpabilisons ensemble d'être des crevards qui pleurent sur leur propre sort.
Moi je m'en fous remarquez bien, j'ai bien compris que le chagrin est égoïste, j'assume.
La mort n'est insupportable que pour ceux qui restent et doivent faire sans l'autre, que d'aucun préfèrera imaginer heureux quelque part, et qui selon moi n'est plus du tout et commence à pourrir dans la boîte en face de nous. Game over. ("Play again" étant remis à plus tard pour ceux qui croient que l'univers est une partie géante de flipper).

La thanatomorphose, la transformation ultime. Beurk. Personne ne veut voir ça. On enterre, on brûle, on éloigne, on embaume, on rend "joli", l'autre dort, il semble apaisé, tranquille, et on oublie le temps de son éloignement ce qui se joue dans ses entrailles, et se jouera dans les nôtres.
Les funérailles sont un tour de passe-passe.
D'ailleurs "croque-mort" vient de "croc", faire disparaître.
On ne veut plus le voir (ainsi).
ça me fait penser au film "La plage", où après l'attaque d'un requin le malheureux survivant ne suit pas l'ordre établit et ne meurt pas, commençant à se décomposer aux yeux de tous, leur chagrin laissant la place peu à peu à l'impatience, la gêne, l'agacement, la colère puis son éloignement, pour qu'ils soient enfin tous libérés de sa présence et de son spectacle, et à nouveau insouciants, exemptés de la vision de sa décomposition (et de leur propre issue). Ce qu'on ne voit pas n'existe pas. Oui, en contradiction directe avec la religion.
Chacun se rattrape à ce qu'il peut, pour atténuer sa peine lors de la cérémonie et après. On ne peut le reprocher à personne.

Mais pour ma part tout est très simple.
Ma disparition ne me fera aucun mal puisque je ne serai plus là pour en être consciente.
Comme quoi la mort des autres nous renvoie bien toujours à notre propre fin, ou à celle de ceux qui nous sont le plus chers.
Elle blessera mes proches, mon corps disparaîtra à son tour, et s'il y a quelque chose ensuite, (après tout, rien ne me prouve que ce ne soit pas le cas, ni le contraire), bah j'aurai ce que je mérite.



lundi 5 août 2013

Vous êtes invulnérables



Le vertige.

Qu'est-il finalement que la peur de perdre l'équilibre, et de tomber.

La peur de la chute. Seul(e) face au vide, elle promet l'inexorable fin.

Toute notre vie nous nous efforçons de rester en équilibre, de garder le contrôle.

C'est une lutte difficile et longue, et ces moments où nous nous sentons sur le fil peuvent être terrifiants.

Il est bien des moyens soit d'éviter cette situation inconfortable, soit de trouver la perche qui maintiendra l'équilibre, nous avons chacun les nôtres.

Une manière de nous rassurer, de faire un pas en arrière, de reprendre le contrôle, certain(e)s qu'alors, une fois celui-ci retrouvé, tout ira mieux.

Eviter l'inconfort.              

Parfois on retrouve par le contrôle la sensation d'exister, de laquelle le gouffre se rapprochant nous avait éloigné(e).

On existe notamment par son corps et par le fait qu'on le ressente. D'une manière ou d'une autre.

J'existe puisque je ressens. Et en effet, temporairement, tout va mieux.

Et si j'existe, on me verra. Mais ne verra-t-on que la preuve de l'existence, ou l'existence elle-même, voilà qui redonne le vertige.

Et le jour où l'on nous voit, où l'on nous voit vraiment, le vertige reprend, plus fort.

La peur de tomber, la peur de la chute.

Sauf que...

Sauf qu'il arrive un moment où l'on réalise, (non sans une aide "bienveillante" pour utiliser un euphémisme), d'une façon plus ou moins brutale, que la peur de tomber est une "mauvaise peur", que s'évertuer à garder l'équilibre est une fausse bataille, épuisante, et que la chute n'est pas une fin.

Le cataclysme est bouleversant, car rétrospectivement cette prise de conscience éclaire d'un jour nouveau tout notre vécu, et nous laisse entrevoir un avenir différent, dans lequel nous n'aurions plus à chercher en/sur nous mêmes, la preuve de notre existence (et de son utilité).

Ce qui veut dire que nous "fonctionnions" mal jusqu'à présent, et le réaliser est une révélation.

Que nous trouvions l'Autre, et tout prend sens.

Il ne faut pas avoir peur de la chute.

Il faut tomber.

Il ne faut pas garder l'équilibre, il faut le perdre.

Il ne faut pas garder le contrôle, il faut se libérer en l'offrant, en toute confiance.

Alors seulement la chute prend sens également.

C'est une naissance. Même pas une renaissance.

Elle est nécessaire, elle est même indispensable.

Elle n'est pas la fin redoutée, mais le commencement.

Il faut tomber, se perdre, en sachant que l'on nous rattrapera, en ayant tellement foi en cela qu'on en vient à désirer tomber, ce que nous avions évité tout au long de notre vie, de toutes nos forces.

L'Autre vous a conduit au bord du gouffre, sans que vous n'ayez compris son dessein au préalable, jusqu''à ce que le vide se trouve subitement devant vous.  Il a volontairement généré ce malaise, cette mise en danger. Un moment d'affolement qu'il sait calmer, il connait le chemin vers lequel il vous guide, et vous le ressentez à chaque instant.

Il ne faut plus se débattre et résister, c'est douloureux et c'est la cause du vertige. Il faut se rendre.

Il attend patiemment le moment de cette naissance.

On offre alors sa chute et l'on s'offre soi-même, on se jette dans le vide les yeux fermés et les bras tendus, et l'on réalise qu'on lui offre ce qu'on avait toujours refusé jusqu'à présent, alors que l'on gardait l'équilibre sur le fil.

L'abandon et la confiance absolue.

L'acceptation.

Et dans la chute l'écho se fait de cet abandon, de ce qu'il représente pour l'un et pour l'autre, et vous vous en délectez.

A partir de cet instant, on a levé le voile que vous aviez devant les yeux depuis toujours.

Vous êtes.

Et vous êtes fier(e) d'avoir compris la "leçon" et de mériter la chute qu'il vous offre.

Et pour l'un comme pour l'autre, plus rien ne peut plus vous atteindre.

Vous êtes invulnérables.

 

dimanche 4 août 2013

Reddition consentie


Au creux de ses mains, je veux me reposer et lui confier, comme après un sommeil sans fin, le premier de mes matins.

J’offre mes jours et j’offre mes nuits, ma première et ma dernière pensée, du fond de mon cocon tissé j’offre celle que je suis comme celle que je serai.

A ses genoux ne vous y trompez pas, je m’élève et grandis, il me voit comprenez-vous, d’une mesure que vous ne connaissez pas.

Ses mots d'homme ont l'inflexion d'une voix étrangère aux paroles familières, et doucement  mon cœur s'abandonne.

Sur le chemin où il me précède, dans ses pas je veux poser les miens, à l’abri dans la sienne, ma main, heureuse qu’il me possède, conscient de son bien.

Je me moque des feux de paille, des fausses lumières et des mauvaises étoiles, je veux le perpétuel commencement, la confiance sans faille.

Je veux, à genoux sous le ciel, admirer mon étoile du Nord, et dans ses yeux voir que je m’y reflète, plus que tout le reste, volontaire prosternée à sa voûte céleste.

Je veux un phare dans mes tempêtes, la lumière dans mes nuits, être l’accalmie de ses tourments, son repos après la quête.

Etre son refuge et sa source, sa force et sa faiblesse, qu’il soit mon tout, mon absolu, le chant de toutes mes messes.

Aliénée de nos liens, prisonnière en toute liberté, à d’autres chemins offerts je veux préférer la cage ouverte de ses mains.

Et quand nourri de ses espoirs et caressé de ses envies, le cocon aura œuvré, de mes ailes déployées je veux à ses pieds me poser, pour que commence notre histoire, reddition consentie.