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mercredi 2 avril 2014

D'un inconnu à une inconnue




Il y a quelques années de ça, je bataillais déjà pour joindre les deux bouts.

Passées les nécessités matérielles et celles du ventre, passés les besoins, je ressentais cet après-midi là une envie, forte. 

Il me fallait lire, j’avais subitement envie de m’offrir quelque lecture qui me permettrait peut-être de m’évader un peu. Je n’avais pas envie d’autre chose, je voulais lire,  une envie presque irrationnelle, irrépressible.

J’allais, sans un sou en poche, comme d’autres font les vitrines et rêvent devant des robes hors de prix et autres objets inaccessibles, regarder les nouveautés littéraires et m’abîmer dans la lecture des résumés.

Je lirais bien celui-ci, il me faut celui-là, passant un moment interminable à faire semblant de choisir, sachant que je repartirais sans rien. Je ne suis pas de celles qui se font envie devant ce qu’elles ne peuvent avoir, pourtant ce jour-là je ne pu m’empêcher de toucher les livres et de contempler tout ce à quoi je ne pourrai accéder.

Je finis par rentrer bredouille, sans surprise.

Ce qui me rendis dépitée, et profondément triste. Sur le chemin du retour, je m’attardais le long du canal, c’était un jour d’été et il faisait beau. Je me sentais seule et déprimée, et n’avais pas envie de rentrer. Mon sentiment d’injustice et moi nous assîmes sur un banc face aux bateaux, à ruminer sur mon sort, moi qui n’avais même pas de quoi m’offrir un livre.

Cette envie frustrée assombrissait ma journée, et m’avait plongée dans un état d’esprit très noir, dans une grande tristesse, de façon disproportionnée.
Autant l’envie avait été subite et forte, presque incongrue, autant je savais avant de partir que je reviendrai bredouille, autant j’étais déçue de constater qu’en effet, j’étais revenue bredouille. La déception était énorme, enfantine, capricieuse et mordante.

Une silhouette sortit d’un bateau devant moi, et un homme s’approcha.
Il s’assit à côté de moi, et me dit « excusez-moi, est-ce que vous aimez lire ? ».
Sa question était tellement à propos, que j’eu l’impression qu’il avait lu mes pensées, et je bredouillai « oui, pourquoi ? ».
« Parce que je fais un tri, et j’ai plusieurs sacs de livres dont je me sépare, je voudrais les donner à quelqu’un qui aime lire,  je vous les donne si vous voulez ».



Je retournai chez moi avec une vingtaine de livres.

Aucun ne m’a plu finalement (il ne faut pas pousser la chance), mais je suis rentrée ce jour là le cœur léger,  et cet inconnu avait balayé en une seconde tout le ressentiment et la peine que j’avais accumulés au fil de la journée. J’avais du baume au cœur.

J’ai gardé cet instant dans ma mémoire comme une question, un grand point d’interrogation sur ce qui s’est passé ce jour là. Un petit moment de grâce.

Même quand je mets les mots « coïncidences » et « chance » sur ce moment, le point d’interrogation demeure, contre ma volonté, avec un doux sentiment de chaleur, comme un petit bout de pur bonheur, celui d’avoir reçu un cadeau, et d’en avoir fait un en retour, d’un inconnu à une inconnue.


mercredi 3 juillet 2013

Un jour, peut-être, nous n'aurons plus besoin de sac à main pour se dire que l'on s'aime


Aujourd'hui, on m'a signifié qu'on m'aime.

Ce n’est pas rien.

Ce n'est pas mon anniversaire, ni ma fête, ni une de ces occasions qui amènent comme "l'obligation" de rappeler à quelqu'un que l'on tient à lui, et que tiens ! ce serait pas mal de le lui démontrer.

Ce n'était pas prémédité par le calendrier, ni justifié par une nécessité.

Bien-sûr, on peut aussi simplement se le dire, lorsqu'une imbécile pudeur ne vous bloque pas les mots dans la gorge, et plus particulièrement avec ceux qui nous sont le plus chers... mais une femme, même aussi éloignée des critères de la mode que je le suis, a toujours besoin d'un nouveau sac à main, non ?

Et non, ce n'est pas aussi futile que cela peut le paraître. D'aucun n'y verrait qu'un sac à main, moi j'y entends un aveu. Oui, je suis comme ça.

Ce n'est pas le cadeau en lui-même qui est touchant. C'est le message qu'il véhicule, et que l’on ne se dit que trop peu, voire pas du tout.

Il nous arrive de nous l'écrire, lorsqu'on est loin, que les circonstances s'y prêtent, comme si on était rassurées de ne pas avoir à se le dire en face, comme si la distance soulevait le bâillon  qu'on a autour du cœur.

Comme s'il fallait du courage pour dire en face aux gens qu'on aime, qu'on les aime.

Je peux le dire cent fois à mes enfants dans la journée, mais je ne l'ai jamais dit à ma famille, de vive voix.

Qu'est-ce qui pèse si lourd sur le cœur pour coudre ainsi les lèvres et censurer les paroles ?

Bien-sûr, on connaît le sentiment qui nous unit, il vient du sang, il est inaltérable.

Et quand les temps sont durs, que le malheur ou simplement les coups durs de la vie frappent à la porte de l'un de nous, chacun sait qu'il peut compter sur les autres, qu'ils sont là, comme autant de béquilles pour l'aider à continuer d'avancer.

Si l'un de nous a mal, c'est toute la famille qui a mal avec lui, et resserre les troupes autour de lui.

Les mots ne sont peut-être pas indispensables finalement, quand le sentiment est évident, l'amour inconditionnel.

Il n’en reste pas moins que les démonstrations inattendues de cet amour, sont autant de "je t'aime" silencieux qui s'échappent au travers des lèvres cousues, comme des prisonniers se faisant la malle.

Un jour peut-être, nous n’aurons plus besoin de sac à main pour se dire que l'on s’aime.