Elle était un océan
tranquille, un océan sans île, sans île à qui offrir son eau. A perte de vue,
nul rivage au sable blanc, auquel caresser les flancs de son ressac lancinant.
Elle était une mer sans terre, sans terre à porter, un ventre vide sans aucune
marée. Elle cherchait son île, celle qui la porterait, elle.
Il vivait dans un
autre lieu, un autre temps où elle se disait aime, il parcourait lentement son
chemin, pour finalement parvenir à faire peau neuve, attendant le jour où il serait l’île d’une
qui serait son elle, auprès de qui il serait L, pour braver ensemble les
épreuves.
Des envolées ils
en eurent pourtant, avant que l’écume d’elle ne rencontre son île, avant que son
eau ne vienne s’offrir à ses plages exquises. Faux départs, mauvaises arrivées,
chutes libres sans ailes, îlots aux amours infertiles, faut-il regretter ces voyages
passés quand ils mènent à la terre promise.
Au détour d’un delta, le courant les fît se rencontrer. S’était-il
assez amusé de les voir se chercher, ou lassé de les voir s’entêter, à leurs
errances il mit un terme. Nul ne sait
lequel pris l’autre sous son aile, qui par l’autre fût sauvé, l’île avait trouvé son elle, elle avait trouvé
son il, un berceau de douceur pour l’île, et pour elle la terre ferme.
Elle s’allonge de toutes ses vagues au bord de son sable, s’étend
et s’étire, offrant d’elle la douceur de ses flots. Du sommet de son île, de
ses plus hautes cimes, il surplombe l’océan, ancré dans les profondeurs de ses
abîmes, maître de ses eaux.
Et lorsqu’au soir couchant, le silence se fait, comme une
respiration, on peut entendre au large de l’île un chant répéter doucement, L
aime elle, elle aime L, douce rengaine portée par les vents, de leurs cœurs l’expiration.