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jeudi 17 avril 2014

A notre vérité soumise


J’ai mis le cap sur d’autres lieux, d’autres rivages où tu m’attends, depuis longtemps déjà pendant que je divague, sans étoile dans mes cieux

Je garde à l’esprit comme vissée à l’âme, au milieu de la nuit où je chemine sans bruit, le souffle de ta voix qui guide la profane

Faire demi-tour je n’en ai plus envie, car que n’ai-je vécu si je n’ai rien risqué, le semblant d’un frisson l’amorce  d’un baiser, quand tu m’offres ma vie

Au bout de ce fleuve qui parfois se déchaîne, comme l’ultime épreuve le miroir que tu tends, celle que je devine à peine, qui elle aussi m’attend

Quelle étrange pensée que tu n’aies jamais vu, par delà mes abysses que son parfait reflet, par delà mes brouillards que ses traits attendus, où je ne vois qu’esquisse

S’il n’est qu’un voyage que je dois entreprendre, le plus périlleux sans aucune méprise,  qu’il soit au creux de mes méandres, à notre vérité soumise.

samedi 19 octobre 2013

Le voyage immobile



Il est des cages qui sont invisibles.
Des carcans imaginaires qui enserrent et empêchent de respirer tout l'air que l'on voudrait, des chaînes qui vous rivent au sol quand l'on voudrait voler.

Parfois, on naît avec.
Parfois, elles s'immiscent et se verrouillent doucement, au fil du temps, sans bruit, sans que l'on s'en rende compte.
On se croit libre, mais on est comme l'oiseau auquel on a coupé une plume.
On vole, dans un espace restreint, croyant être libre, on respire, croyant inspirer tout l'air nécessaire.

La vie s'écoule, on apprend à évoluer dans cet espace restreint, qui convient à tout le monde, et l'on fait taire ce qui couve au fond de soi, cet élan qui dit on ne sait quoi, ce chuchotement inintelligible qui voudrait nous dire que l'on attend quelque chose.

On sent bien que l'on est incomplète, sans savoir pourquoi, ce qui nous manque, ce que l'on cherche, ce que l'on espère.
Quelle meilleure façon de ne pas être déçu(e) que de ne rien attendre.

Pourtant c'est toujours là.
Un sentiment d'incomplétude.
Une sensation d'inaccompli.
Une aspiration à l'absolu.
Un trouble qui vient gâcher le vol de l'oiseau qui se croit libre.

Quel paradoxe que de vouloir museler cette voix qui voudrait briser la cage, pour mieux se sentir libre dans cette fausse liberté.
Quelle paradoxe que d'avoir peur de sa liberté, entière.

On traverse alors sa vie comme un voyageur sans destination, visitant des paysages toujours identiques, où il manquerait l'essentiel, le sentiment de se sentir chez soi, le sentiment d'être soi-même, d'être là où l'on voudrait être, où l'on devrait être.
Le sentiment de l'évidence. Je suis moi, et je suis là où je dois être.

Il est des personnes qui sont comme des terres. Elles nous ramènent à nous-même, à nos racines. Des miroirs de l'âme.
On les découvre et c'est soi-même que l'on découvre, on les écoute et c'est notre chuchotement qui devient enfin intelligible, on les suit et c'est notre chemin que l'on parcourt.

Et comme le voyageur s'émerveille en ayant enfin trouvé son port d'attache, comme il sent dans ses tripes que c'est ici, ici qu'il se sentira chez lui, ici qu'il plantera ses racines, comme lui on sent nos propres racines se planter dans son sol, et s'ancrer dans les pas de cet autre qui nous a révélée. Il devient nos terres, notre maison.

On prend alors toute la mesure de la fausse liberté dont on jouissait jusque là, comme si l'on découvrait qu'on avait toujours respiré d'un seul poumon.
On prend la mesure de la vraie liberté, celle d'être enfin soi-même.
On prend le risque d'être libre, quand bien même cette liberté paraîtrait tout le contraire au reste du monde. Quand bien même elle prendrait la forme d'une autre cage, mais que l'on a choisie et dont on peut s'extraire à tout moment.

Parce que face à celui qui nous offre cette liberté et qui seul peut la comprendre et nous l'offrir, face à celui-ci le reste du monde ne pèse pas lourd.

Et si cette liberté s'exprime à priori paradoxalement par des liens, quelle importance, si d'aucun n'y voit que des liens c'est qu'il est aveugle. D'autres liens se tissent, comme les racines dans la terre que l'on a choisie, qui nous a choisie. 
Et plus elles s'ancrent dans cette terre, plus on grandit, plus on s'agenouille à ces racines et plus on s'élève.

Même s'il n'est pas toujours facile de prendre le chemin de la connaissance de soi, que cela ranime des choses enfouies, même si le chemin est sinueux ou douloureux, c'est sur ces terres là que l'on veut désormais cheminer, vieillir et se sentir enfin chez soi, tout en commençant enfin le voyage, le voyage immobile.

jeudi 11 juillet 2013

Dans le silence du monde


Il s’éveille souvent le soir. Quand le monde s’endort et éteint ses lumières, il me dit que je suis seule, et je lui dis de se taire.

Il commence par un murmure, à peine le souffle d’un mot. Je le comprends à peine, mais connais son propos.

Alors, le son de la télé envahit la pièce, et dans la lumière bleue, j’attends qu’il disparaisse.

Quel espoir illusoire, que cette attente est vaine. Qui a jamais su ôter l’espoir de ses veines ?

Puis la nuit tombe, et ses mots retentissent dans l’espace, résonnant au rideau des étoiles, leurs improbables paroisses.

Il me parle d’un autre, d’un possible meilleur, où l’on a quatre bras, pour porter joies et malheurs.

Puis, moqueur, me renvoie en miroir, en plein visage l’absolue solitude, de mon cœur le pillard.

Il me dit que la vie est une danse, et qu’elle se fait à deux, que pour une misérable, la chandelle n'en vaut pas le jeu.

Il rit de mes attentes et rit de mes détresses, répète à qui veut l’entendre que je ne suis que faiblesse.

Qu’au ballet des amours, les plus fortes s’en sortent, les mendiantes maladroites y prennent plutôt la porte.

Alors que je m’endors, je l’implore de se taire, et demain peut-être, il partira à l’aurore, à son tour solitaire.

Pour une journée, une journée seulement, je m’amuserai à croire qu’il ne chantera plus ses tourments.

Je prendrai soin de cacher sa présence, compagnon invisible de chacun de mes pas, vous ne le verrez pas.

Il attendra le soir, et ses absences fécondes, pour résonner à nouveau dans le silence du monde.