mardi 16 juillet 2013

Ne devenez pas adultes, c'est un piège !


Je veux pouvoir sourire à l'inconnu sans qu'il se demande ce que lui veut cette folle (ou cette allumeuse).

Je veux des rires à en pleurer, de ceux qui coupent le souffle et qui vous laissent sans force.

Je veux pleurer pour peu de chose, je veux pleurer des rivières sans qu'on me dise "reprends-toi".

Je veux frissonner de peur et trembler d'espérance, croire que tout est possible et que c'est pour demain.

Je veux m'emballer au quart de tour, pour regretter la minute d'après, sans perdre celui qui a provoqué ma colère.

Je veux mourir d'envie d'une broutille et l'oublier dans la foulée, je veux des désirs spontanés, des plaisirs fugaces et des déceptions passagères.

Je veux l'impatience qui fait trépigner, l'attente qui fait rêver, celle qui empêche de dormir.

Je veux l'émotion qui serre le coeur et fait trembler la voix, celle qui scelle les lèvres et fait trembler le menton.

Je veux exploser de bonheur comme on est emporté par les flots, la digue ayant cédé, sans retenue.

Je veux croire que ceux qui partent reviendront demain.

Je veux avoir confiance et toujours avoir mal d'être trahie, sans jamais ressentir d'indifférence.

Je veux toujours m'étonner de la nature des gens, que chacun d'eux reste une interrogation qui rebondit sur son point autour de moi, sans jamais penser que je connais tout d'eux.

Je veux croire que ceux que j'aime sont éternels et ne pas redouter leur perte, je veux que l'instant présent soit le reste de la vie.

Je veux pouvoir aimer sans réserve, et ne jamais avoir honte d'avoir été flouée, si j'ai aimé vraiment.

Je veux m'émouvoir d'un rien, et m'émerveiller de tout, sans jamais être blasée.

Je veux les grands chagrins, les peines et la souffrance, je veux croire qu'il n'y a rien de plus grave, et pouvoir tout oublier le lendemain.

Je veux mourir de désespoir et brûler de plaisir.

Je veux des mots qui claquent et des silences qui résonnent, je veux qu'on écoute et qu'on respecte les deux.

Je veux manger tout ce que j'aime, tremper mon doigt dans la confiture, reprendre du gâteau, sans penser à ma silhouette et au regard des autres.

Je veux faire des paris stupides et me dégonfler, je veux toujours me dire "et ça fait quoi si je fais ça ?", et faire l'expérience.

Je veux tortiller mes cheveux en étant dans la lune.

Je veux la spontanéité sans le jugement, le plaisir sans la culpabilité.

Je veux des serments et des pour toujours, des adieux et à jamais, et pour chacun je veux des mots qui me le disent.

Je veux m'indigner et me révolter, me passionner et m'attendrir.

Je veux m'endormir éreintée de ma journée, et tout recommencer le lendemain avec la même ferveur.

...

Je veux... avoir cinq ans ???

C'est un peu ça non quand on est enfant ?

A quoi a-t-on renoncé en grandissant, pour s'éviter chagrins et souffrances, quels compromis avons-nous consentis pour moins ressentir, qu'avons-nous perdu en chemin ?

Qu'en est-il de nos joies si elles ne rayonnent pas à l'ombre de nos peines, qu'en est-il du plaisir de découvrir si nous nous perdons dans nos certitudes...

Savons-nous seulement encore rire de tous nos rires, et pleurer de toutes nos larmes, savons-nous encore profiter du présent, le pouvons-nous encore ?

Une toute petite phrase lue aujourd'hui, disait :

"Ne devenez pas adultes, c'est un piège !"

 

samedi 13 juillet 2013

Ce soir, les poubelles seront pleines


Je m'encombre facilement, je laisse s'accumuler les choses, de-ci, de-là, et ma maison qui ne comprend pourtant pas beaucoup de meubles, finit par ressembler à un mini dépôt vente. Ma vie aussi.

Rien n'est à sa place, rien n'a de place nulle part, tout traîne partout, toutes les petites choses attendent de trouver un endroit à elles. D'autres n'ont plus leur place ici.

Le poster acheté il y a plusieurs semaines est encore enroulé dans un coin, des livres traînent sur le meuble tv, ses casiers sont remplis de papiers qui attendent d'être triés, l'amoncellement grandissant un peu plus au fil du temps.

Toutes ces petites choses ne sont pas inutiles, mais la plupart ne sont pas essentielles. Assez de "ça pourrait me servir plus tard", assez de "je le porterai peut-être à nouveau", assez de "c'est pas très beau mais ça fera l'affaire".

J'ai besoin d'essentiel, de m'alléger (dans tous les sens du terme), de me débarasser du superflu, j'ai besoin de clarté, d'y voir clair. J'ai besoin d'être plus exigeante, sur tous mes choix. Sur ce qui reste et sur ce qui pars.

Il faut que je range et il faut que je jette. Il faut que je décore et il faut que je dépouille.

On fait parfois le ménage pour mieux ranger sa vie. Pour commencer par quelque chose. Quand tout est devenu si lourd que l'on n'a pas d'autre choix que de se secouer et de passer à l'action.

Il arrive un moment où ça devient salvateur.

Les choses, les objets, recellent des souvenirs qu'on garde sans toujours savoir pourquoi, bien qu'ils n'évoquent pas toujours de bons moments. On reste attaché à des personnes qui n'apportent rien, et auxquelles on ne peut rien apporter.

On reste dans ces vieux décors comme on reste dans sa peine, comme une vieille compagne qui ne nous a jamais fait beaucoup de bien, mais qu'on a malgré tout peur de voir partir.

Des témoins d'un temps passé, que l'on a peur d'oublier, alors qu'ils ne sont que des ancres qui nous empêchent d'avancer. On a tellement l'habitude de faire avec ce poids qu'on l'oublie, alors qu'il est bien là et nous ralentit, nous immobilise même. On oublie la cause de cet immobilisme, alors qu'on baigne dedans. Comme un parfum trop familier que l'on ne sent plus. On finit presque par aimer sa peine, comme on aime ses vieux objets.

A chaque chose jetée, l'espace s'aère davantage, et l'esprit s'allège d'un poids qui le lestait au sol.

Il y a des choses sur lesquelles je peux agir. D'autres sur lesquelles je n'ai aucun moyen d'interférer.

S'occuper des premières, et oublier les secondes, ou faire avec, en cessant d'espérer pouvoir y changer quelque chose, en cessant de souffrir parce que je ne peux pas les changer.

On m'aime, tant mieux, on ne m'aime pas, tant pis. Mais pas pour moi.

Hop, le sentiment d'échec, le pincement au coeur, la rancune, à la poubelle avec ce vieux magasine, avec ce vieux cd, avec cette robe que je ne mettrai plus.

Je ne veux pas plus m'encombrer de colère ou de remords que de vieilles fringues ou de vieilles photos.

Du balais, place nette.

Tout nettoyer, tout vider, tout épurer.

Pour mieux le remplir de ce qui le mérite.

Pour ensuite pouvoir regarder autour de soi, et pouvoir se dire "ça, c'est moi. J'aime tout ce qui est là, tout ce qui m'entoure, rien n'est en trop, rien ne me pèse, rien ne m'assombrit.".

Pouvoir regarder sa vie et se dire qu'on a enfin laissé derrière soi les fardeaux que l'on traînait depuis longtemps, même si on ne peut se débarasser de tous.

Savoir dire "tant pis", et arrêter de dire "tant pis mais pourquoiiiiiiii, et si j'avais..... et si.... et si....".

Tant pis et baste, passer à autre chose, hop, poubelle.

Ce (et ceux) qui doit rester reste, ce qui ne sert qu'à gâcher le paysage,  à cacher la lumière, bye, par ici la sortie.

Hors de ma maison et hors de ma vie.

Ce soir, les poubelles seront pleines !

 

jeudi 11 juillet 2013

Dans le silence du monde


Il s’éveille souvent le soir. Quand le monde s’endort et éteint ses lumières, il me dit que je suis seule, et je lui dis de se taire.

Il commence par un murmure, à peine le souffle d’un mot. Je le comprends à peine, mais connais son propos.

Alors, le son de la télé envahit la pièce, et dans la lumière bleue, j’attends qu’il disparaisse.

Quel espoir illusoire, que cette attente est vaine. Qui a jamais su ôter l’espoir de ses veines ?

Puis la nuit tombe, et ses mots retentissent dans l’espace, résonnant au rideau des étoiles, leurs improbables paroisses.

Il me parle d’un autre, d’un possible meilleur, où l’on a quatre bras, pour porter joies et malheurs.

Puis, moqueur, me renvoie en miroir, en plein visage l’absolue solitude, de mon cœur le pillard.

Il me dit que la vie est une danse, et qu’elle se fait à deux, que pour une misérable, la chandelle n'en vaut pas le jeu.

Il rit de mes attentes et rit de mes détresses, répète à qui veut l’entendre que je ne suis que faiblesse.

Qu’au ballet des amours, les plus fortes s’en sortent, les mendiantes maladroites y prennent plutôt la porte.

Alors que je m’endors, je l’implore de se taire, et demain peut-être, il partira à l’aurore, à son tour solitaire.

Pour une journée, une journée seulement, je m’amuserai à croire qu’il ne chantera plus ses tourments.

Je prendrai soin de cacher sa présence, compagnon invisible de chacun de mes pas, vous ne le verrez pas.

Il attendra le soir, et ses absences fécondes, pour résonner à nouveau dans le silence du monde.
 

mardi 9 juillet 2013

A chacun son arc en ciel


Je ne dormirai pas chez moi ce soir-là, aussi, en étourdie que je suis, j'avais préparé ma liste de petites affaires à ne pas oublier, et à checker avant de partir.

Le cœur en fête, j'avais pris le volant, une petite heure de route devant moi, jolis paysages, soleil plombant et musique plein l'habitacle, le sourire scotché au visage. Je repoussai le petit nuage noir me rappelant le retour au travail lundi, qui essayait de se frayer un chemin dans ma tête et d'assombrir mon horizon.

Je ne partais pas en vacances, mais j'en avais l'impression, et me sentais le cœur aussi léger et impatient que si j'allais bientôt entrevoir la mer entre deux collines. Ou presque. A bien y réfléchir, je ne crois pas qu'une autre situation puisse me procurer la même impatience fébrile.

A environ vingt kilomètres de la maison, je réalisai que je n'avais pas checké ma liste. La routine.
Une étourdie qui essaie d'être organisée pour palier à son étourderie... peine perdue.
Rien de bien grave, mais j'allais avoir froid sans gilet et bras nus, la nuit tombée.

Un petit arrêt pour récupérer les troupes, et nous voici partis pour le festival reggae. Une bonne soirée en perspective, bien que je ne sois pas familière des concerts et pas des plus à l'aise dans la foule.

Le village qui abritait l'évènement n'avait pas encore été investi par les festivaliers à notre arrivée, et, disposant d'un peu de temps avant l'ouverture des portes, petit rafraîchissement à la terrasse d'un café à proximité.

Autour de nous, les premiers arrivants faisaient de même, et leurs tenues annonçaient la couleur, dans tous les sens du terme.

Assis à l'ombre et sirotant un verre, l'atmosphère invitait à la détente, au partage, nous profitions d'une démonstration impromptue de djembé grâce à nos voisins de table. Si nous n'étions pas encore dans l'ambiance, voilà qui était fait.

L'accès au festival enfin possible, hop let's go. Allégés de dix-sept euros, (ça a intérêt à valoir le coup), nous entrons dans ce qui sera le temple du reggae pour la soirée et une partie de la nuit. Trois pelés et deux tondus, mais nous sommes en avance, fait qui ne m'est pas coutumier. Le monde arrivera plus tard (hein ?).

C'est un peu comme un club de vacances finalement, il faut échanger ses sous contre des jetons. Sans doute pour vous faire oublier le coût de ce que vous achèterez, et à en voir l'activité des premiers arrivants, ce qui sera le plus acheté sera la bière.

Petite piqure d'appréhension, je m'imagine en fin de soirée noyée dans une foule complètement bourrée, sachant qu'un seul mec rien qu'éméché me fait peur (mauvais souvenirs)... mais restons positive. Et puis je ne suis pas venue seule, donc tout ira bien.

Ici et là, des rastas sont allongés dans l'herbe, bière à la main, cigarette (encore "normale") dans l'autre, on boit on fume et mange par petits groupes, pas forcément homogènes.

Petit creux nous aussi, et puisqu'il n'est pas possible d'avoir du poisson et des légumes vapeur, (ils ne sont vraiment pas conciliants), j'enterre allègrement ma semaine d'efforts pour un hot-dog/frites.

J'essaie de ne pas donner l'impression de la fille qui n'a jamais rien mangé d'aussi bon de toute sa vie, et j'ai une pensée émue pour mes longues minutes d'agonie sur ce fichu vélo, les jours précédents. RIP mes efforts. Au moins j'éviterai la bière, je n'aime pas ça.

Une petite scène intermédiaire diffuse la musique ambiante, jusqu'à ce que le son du premier groupe nous parvienne aux oreilles. Je suis un peu inquiète que le premier concert débute alors que nous sommes si peu nombreux, je n'ai pas envie d'être pressée comme un citron dans la foule, mais bon c'est un festival quand même, pas la fête à Pierrot dans son garage... ils sont où les gens ?

On pourrait presque faire, comme j'adore en réunion, un tour de table et se présenter un à un (bon j'exagère un peu), mais la chanteuse se lance et fait son maximum pour arranguer la "foule".

Voix agréable, mélodies sympa, bonne musique, mais... petite vérification auprès de mon collègue. Ok elle chante bien en français, et je ne suis pas la seule à ne comprendre qu'un mot sur dix, me voilà rassurée. Prestation plus que correcte, ça met dans le bain, et il faut du courage pour ouvrir la soirée devant un public clairsemé.

L'espace se remplit peu à peu, et nous profitons de l'entre deux scènes pour faire un tour et nous assoir un peu (à ma demande, mon vieux dos me rappelant mon grand âge après une station debout prolongée).

Le deuxième groupe donne rapidement du son. La foule est bien là cette fois, et alors là, ok, on a du son, du bon son, une sacrée énergie, des voix, ça ne joue pas dans la même cour que le premier groupe, ça se sent tout de suite. Les pieds se décollent du sol, ça bouge partout, et on est passés du "pas mal" au "wahou..." d'un coup d'un seul.

Tout autour de nous, des volutes s'élèvent, nous entourant et nous enveloppant littéralement de ces clopes qui passent de main en main.

Le groupe nous sidère et nous emporte complètement avec lui, maîtrise totalement et nous offre notamment une reprise magnifique de "Ain't no sunshine when she's gone".
Sous le charme la prestation prend fin, et nous filons faire un tour et acheter leur maxi cd (que j'écoute en boucle depuis).

Beaucoup moins impatiente pour le prochain concert, Tonton David, je ne suis pas fan.

Et pour cause, je confonds avec Doc Gynéco... Ce dont je m'apercevrai plus tard.

Dès son apparition j'ai envie d'être ailleurs, bla bla bla, dix minutes de délires sur tout et n'importe quoi et cinq minutes de chanson, ses tentatives de traits d'humour, ses "Seiiiiiiiigneuuuuuur" toutes les deux minutes me hérissent le poil, et je ne tiens pas plus longtemps, je m'éclipse fumer tranquille plus loin.

Peut-on être tranquille longtemps à ce type d'évènement ? Non. D'ailleurs on n'y vient pas pour ça non plus. Qu'importe, c'est l'occasion d'échanger.
Ce que je fais avec le jeune homme qui me demande s'il peut s'assoir à côté de moi, en espérant qu'il n'est ni trop plein ni trop lourd.

Heureuse surprise, ni l'un ni l'autre. Je n'en dirai pas autant de la jeune fille qui se vautre à ma droite pour tenter de s'assoir, deux bières en main, complètement bourrée.

S'en suit un échange surréaliste, le taux d'alcoolémie de la jeune fille lui donnant des élans d'amour et de philosophie d'un niveau inversement proportionnel au dit taux d'alcoolémie, moi tentant d'éviter tant bien que mal ses bières qui tanguent dangereusement au gré de ses balancements, le jeune homme essayant de comprendre ses propos, une expression d'incompréhension sur son visage me faisant mourir de rire. Il me demande si elle lui fait du rentre dedans... "ben mon pauvre j'en n'ai aucune idée, c'est ou tout l'un, ou tout l'autre". Oui parce qu'en substance, son discours c'est "toi je t'aime tu vois, mais en fait je t'aime pas non plus, parce que l'amour tu vois, c'est pas ça, mais moi tu vois je fais ce que tu veux". "Heuu, fais attention à ce que tu dis quand même". "Non je veux dire que je fais ce que tu veux, enfin ce que je veux, parce que je vous aime vous, mais pas n'importe qui non plus, mais j'm'en fous en fait, vous êtes super, tu veux ma bière ?".

Hé ben c'est-à-dire qu'à moins de sucer le sable, t'en n'as plus qu'une.

Un miracle que j'ai pu échapper à ce premier accident. Je la récupère de justesse deux fois alors qu'elle manque de tomber, et là, deuxième miracle, elle ne renversera pas sa deuxième bière.

On peut aussi parler d'un troisième miracle, elle aurait pu me vomir dessus, mais non. Quelqu'un d'autre en profitera sûrement plus tard dans la soirée.

Elle n'est pas en voiture, c'est déjà ça. Son amie viendra la récupérer, le jeune homme me raconte un peu ses tourments, très simplement et avec beaucoup de pudeur, et j'apprécie sa retenue comme ces aveux qu'il partage avec moi, avant d'aller retrouver ses amis.

Il ne conduit pas non plus, et je me dis en lui souhaitant une bonne soirée que merde, j'ai pris un coup de vieux, je ne peux pas m'empêcher de m'assurer qu'ils rentreront bien.

Copier cent fois en rentrant "je ne suis pas la mère de tout le monde".

Quatrième et dernier groupe, après une attente interminable. Dans la foule, certains sont assis ou allongés, et pour le reste ça titube plus que ça ne marche. Je regarde à peine les musiciens tant je suis occupée à observer le monde autour de moi, la majorité des festivaliers étant à présent pour la plupart imbibés jusqu'à la moelle et complètement partis.

J'appréhende tellement leur manque de contrôle que je ne profite pas, je suis gelée et ne me sens plus en sécurité, probablement un sentiment disproportionné mais c'est plus fort que moi.

Mon collègue n'aura pas à me demander deux fois si je veux rentrer.
C'est ça de sortir une vieille !

Au chaud dans la voiture, nous constaterons que l'on sent la clope qui fait rire à plein nez, nos vêtements sont imprégnés. Moi ça ne me gêne pas, j'adore l'odeur.

Il me demande où sont les rastas tout le reste de l'année, comme on se le demanderait d'un peuple migrateur. Ma foi, probablement en train de se fabriquer une vie parfaite, en cherchant l'arc en ciel, comme le chantait l'un des groupes : "perfect life is like the rainbow, you can see it from your window, everybody wants to find it, but nobody knows how to reach it".

A chacun son arc en ciel.

vendredi 5 juillet 2013

Qui t'a rattrapée, toi, quand tu es tombée ?


Il n'est pas besoin de partir loin pour se sentir ailleurs, déconnecté du quotidien, ni de destinations du bout du monde pour offrir à quatre enfants des vacances de rêve.

Un bout de nature où courir pieds nus, un ruisseau où faire des jeux d'eau, peuvent suffire à leur bonheur, si tant est qu'ils n'aient pas été blasés par les jeux virtuels.

C'était une époque où ces derniers n'avaient pas encore la main mise sur leur créativité et leur capacité d'émerveillement au contact de ce qui les entourait, et où les choses simples étaient encore les meilleures. Une époque polaroïd.

Un matin comme un autre, un au revoir comme un autre de cet homme à sa femme et ses enfants, alors qu'il part travailler.

Leur journée serait probablement remplie de rires, de chamailleries d'enfants, les petits ne prendraient pas de coups de soleil, leur mère y veillerait, et ils partiraient à la découverte de ce territoire inconnu, leur bout du monde au milieu des campeurs.

Lui, à quoi pensait-il alors qu'il roulait vers sa journée de travail, revoyait-il le visage de sa femme, de ses enfants, pensait-il aux tâches qui l'attendaient, se disait-il qu'il irait bien pêcher le week-end prochain, pensait-il à la pétanque qu'il ferait à son retour ?

C'était un matin d'août, un matin comme un autre.

Le jour où cette femme est devenue leur héroïne, où le destin a choisi de lui imposer l'épreuve d'une vie, (peut-être pour voir comment elle s'en sortirait), ressemblait à tous les autres matins dété, léger, chaud et prometteur.

Le destin est implacable et impoli. Il ne s'annonce pas. Il s'invite dans votre vie, et à peine avez-vous entrevu ce qu'il amène, il a déjà le pied dans l'entrebâillement de la porte, que vous ne pouvez plus refermer.

Il vous rentre sous la peau qu'il tatoue pour toujours.

Comme une mouche à laquelle un enfant cruel aurait arraché les ailes, elle a perdu les siennes ce jour là.

Le destin s'est présenté dans des uniformes bleus.

Il est des nouvelles que l'on comprend sans paroles. Elles sont écrites en lettres capitales sur les visages du destin, et l'impact vous frappe et vous coupe le souffle, vide littéralement l'air de vos poumons, avant que les mots ne soient prononcés.

C'était arrivé. C'était notre "putain de camion" à nous, le moment où il est devenu un souvenir.

Où a-t-elle trouvé la force de se relever de cette épreuve qui l'avait clouée au sol, comment a-telle fait pour poursuivre sa route avec ses quatre enfants, qui n'ont jamais entendu une seule plainte franchir ses lèvres ?

Elle a traversé les années, seule avec eux, veillant à leur éducation et leur bien-être, peinant jusqu'à devenir presque transparente sur son vélo par tous les temps, pour aller s'éreinter de longues journées afin de subvenir à leurs besoins.

Elle a pris toute la place dans leur cœur, même celle qui était restée béante.

Elle est devenue cette vieille dame, qui s'inquiète toujours pour eux, qui est toujours là pour eux, forte, généreuse, aimante et invincible, toujours prête à les rattraper s'ils venaient à tomber.

Un modèle inégalable, la résilience personnifiée.

Qui pourrait deviner l'épreuve qu'elle a traversée en la regardant, l'abnégation dont elle a fait preuve tout au long de sa vie ?

Elle a enterré en même temps que son époux, la  jeune femme qu'elle était, pour devenir une mère irréprochable, vous savez, celle dont parlent  tous les bouquins sur la maternité.

Elle existe, c'est la mienne.

J'ai tant d'amour pour elle et pour la jeune femme qu'elle a été, tant  d'admiration pour la vie exemplaire qu'elle a menée, pour tous les sacrifices qu'elle a dû faire et dont nous ne saurons jamais rien, pour le courage de cette femme et son infaillible volonté.

Tant d'admiration pour elle que la vie a peut-être endurcie, mais dont la dureté ne nous est jamais aparue, dont le foyer a toujours été si doux et rassurant, qu'il a été bien difficile à quitter.

Elle a rempli nos vies de larmes de rire, que nous partageons si souvent avec elle, nous quatre aujourd'hui tellement éperdus d'amour et de reconnaissance.

Mais maman, qui t'a rattrapée, toi, quand tu es tombée ?



 

jeudi 4 juillet 2013

Il est temps d'aller lui dire ma poésie


Ce petit accident domestique qui a occasionné trois semaines de repos forcé, non moins apprécié cependant, me permet de m'adonner à l'un de mes sports préférés, la grasse matinée.

Oui, je suis très sportive.

Les loulous étant partis chez papa, rien, le matin, ne m'oblige à me lever tôt.

La chienne attend sagement les bruits annonçant que sa nonchalente maîtresse vient enfin de poser un pied par terre.

Et c'est avec délectation que je traîne au lit, un bouquin à proximité s'il me venait l'idée d'ouvrir l'oeil un peu trop tôt, pour m'inciter à traîner davantage, le nez dans son histoire, pelotonnée sous la couette.

La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt, pas grave, je vous la laisse, je préfère la nuit.

Bien-sûr il est des façons plus agréables de profiter d'une grasse matinée, mais bon, on fait avec ce qu'on a n'est-ce pas, et en l'occurence.... un bouquin.

Il m'est arrivé d'être bien plus mal accompagnée.

Et puis l'heure tourne, et un soupçon de culpabilité pointe le bout de son nez, me faisant enfin me lever.

A défaut de bras aimants, ce sont les quatre pattes de la chienne qui trépignent de bonheur en m'apercevant enfin, alors que j'ouvre la porte du couloir, comme si chaque matin me ressuscitait.

Non, elle n'a pas dormi sur le canapé, c'est interdit, et je ne saurai jamais quel autre petit chien fantôme et farceur y fait chaque nuit ces traces de pattes et simule la trace de son corps là, tout contre le coussin...

En touchant l'empreinte, je découvre que les fantômes des petits chiens ont le corps chaud.

Elle fait semblant de n'avoir jamais goûté au moelleux du divan, je fais semblant d'y croire, un petit deal entre nous.

Je fais le tour de la pièce, ouvrant un à un les volets roulants, une boule de poils faisant une danse frénétique sur mes talons, le museau tendu vers sa version du paradis, mes bras.

Je lui offre le paradis, tout laissant entrer le jour de mon bras libre, et en évitant autant que possible ses démonstrations d'amour, visant mon visage.

Au passage, je fais semblant (encore) de ne pas voir le vélo d'appartement, sur lequel je regarderai plus tard (normalement...) défiler trop lentement ces maudites calories, non sans accompagner ma souffrance de quelque poésie ("putain j'vais mourir", "mais comment ils font pour aimer ça, faut être malade", "aaaarrrrggggghhhh", "j'en peux plus", "le chrono déconne c'est pas possible", etc).

Les quinze minutes (le premier qui dit "seulement ?" je l'explose) les plus longues de ma journée.

Je me risque à ouvrir la baie vitrée pour observer les gens pressés, quel bonheur de ne pas rejoindre leur course pour l'instant, prenant le risque de créer l'accident d'un automobiliste qui aurait aperçu le temps d'un regard, mes yeux hagards et mes cheveux emmêlés, -dans ma longue nuisette vaporeuse-, dans mon cycliste/débardeur envoûtants. (Ben oui, je vais normalement faire du vélo, pas défiler sur le podium).

Ma balance est de bonne humeur et m'annonce -2kg, c'est bien, elle n'aura pas de coup de pied aujourd'hui. A l'agonie (presque) chaque matin sur ce maudit vélo, elle a intérêt à se montrer conciliante.

Avec le soleil, ça fait deux bonnes nouvelles, le sourire tient à si peu de choses parfois.

Un café à la main, je jette un rapide coup d'oeil circulaire à la pièce. Ha oui quand même. Un jour, il faudrait que je range.

Pas moyen de mettre le désordre ambiant sur le dos des enfants (ben quoi, ils servent aussi à ça).

Cette chienne est vraiment désagréable (on fait avec ce qu'on a, bis).

Dehors, le voisin joue avec son fils, et j'ai une pensée pour le miens.

Pas la peine d'attendre un hypothétique sms de mon grand, il a le sms aussi monosyllabique que son père. Et je dois reconnaître qu'il a fait un superbe effort, alors qu'en lui disant au revoir je lui suggérais de m'envoyer un petit mot de temps en temps.

A peine avait-il fait 10m dans la voiture de son père, qu'il m'envoyait "salut tout se passe bien il fait beau bisou".

Voilà, ça c'est fait. Même pas au pluriel le bisou.

Cet enfant a le même humour que sa mère, on n'est pas rendus.

Un autre début de journée solitaire, mais le cœur léger aujourd'hui.

Il est des matins plus faciles que d'autres, où un rayon de soleil efface momentanément les absences, des enfants et des autres, qui tendent à prendre tellement de place habituellement.

Elles reviendront bien assez tôt.

Le vélo, lui, est toujours là.

Il est temps d'aller lui dire ma poésie.

 

mercredi 3 juillet 2013

Un jour, peut-être, nous n'aurons plus besoin de sac à main pour se dire que l'on s'aime


Aujourd'hui, on m'a signifié qu'on m'aime.

Ce n’est pas rien.

Ce n'est pas mon anniversaire, ni ma fête, ni une de ces occasions qui amènent comme "l'obligation" de rappeler à quelqu'un que l'on tient à lui, et que tiens ! ce serait pas mal de le lui démontrer.

Ce n'était pas prémédité par le calendrier, ni justifié par une nécessité.

Bien-sûr, on peut aussi simplement se le dire, lorsqu'une imbécile pudeur ne vous bloque pas les mots dans la gorge, et plus particulièrement avec ceux qui nous sont le plus chers... mais une femme, même aussi éloignée des critères de la mode que je le suis, a toujours besoin d'un nouveau sac à main, non ?

Et non, ce n'est pas aussi futile que cela peut le paraître. D'aucun n'y verrait qu'un sac à main, moi j'y entends un aveu. Oui, je suis comme ça.

Ce n'est pas le cadeau en lui-même qui est touchant. C'est le message qu'il véhicule, et que l’on ne se dit que trop peu, voire pas du tout.

Il nous arrive de nous l'écrire, lorsqu'on est loin, que les circonstances s'y prêtent, comme si on était rassurées de ne pas avoir à se le dire en face, comme si la distance soulevait le bâillon  qu'on a autour du cœur.

Comme s'il fallait du courage pour dire en face aux gens qu'on aime, qu'on les aime.

Je peux le dire cent fois à mes enfants dans la journée, mais je ne l'ai jamais dit à ma famille, de vive voix.

Qu'est-ce qui pèse si lourd sur le cœur pour coudre ainsi les lèvres et censurer les paroles ?

Bien-sûr, on connaît le sentiment qui nous unit, il vient du sang, il est inaltérable.

Et quand les temps sont durs, que le malheur ou simplement les coups durs de la vie frappent à la porte de l'un de nous, chacun sait qu'il peut compter sur les autres, qu'ils sont là, comme autant de béquilles pour l'aider à continuer d'avancer.

Si l'un de nous a mal, c'est toute la famille qui a mal avec lui, et resserre les troupes autour de lui.

Les mots ne sont peut-être pas indispensables finalement, quand le sentiment est évident, l'amour inconditionnel.

Il n’en reste pas moins que les démonstrations inattendues de cet amour, sont autant de "je t'aime" silencieux qui s'échappent au travers des lèvres cousues, comme des prisonniers se faisant la malle.

Un jour peut-être, nous n’aurons plus besoin de sac à main pour se dire que l'on s’aime.

 

mardi 2 juillet 2013

Je n'ai pas encore changé l'eau des poissons


 Il faut que je change l'eau de poissons.

Cadeau d'anniversaire de mon petit dernier, qui les a réclamés pendant des mois, et les regarde à peine aujourd'hui. Qui s'en surprend ?

Je reconnais que je n'étais pas particulièrement opposée à accueillir ces nouveaux pensionnaires, et connaissant à l'avance la fin de l'histoire, j'avais délibérément choisi un aquarium peu encombrant et permettant un nettoyage rapide.

Minimum d'entretien ces bestioles, et accessoirement un tremplin à la rêverie (comme si j'avais besoin d'un tremplin pour ça), à condition qu'on puisse les apercevoir et qu'ils ne nagent pas en eaux troubles.

Une pauvre réplique d'une ruine romaine du meilleur goût jouxte des galets bleus d'un goût tout aussi exquis, décor que seuls les enfants peuvent trouver "magnifique" (seuls les enfants, n'est-ce pas ??).

Nous avons déjà eu des poissons auparavant, et les enfants ayant grandi je suis ravie que lorsqu'ils nageront sur le dos (les poissons, pas les enfants), nous n'aurons plus à les accompagner à l'occasion d'une cérémonie officielle, dans leur dernière demeure.

Celle-ci se situant à l'autre bout des tuyaux des toilettes, comme c'est pratique,  les choses sont bien faites quand même, dans un paradis bleu sans parois, où les attendaient tous les copains qui les y avaient précédé (ils étaient nombreux).

Oui, on peut tout faire gober aux gosses, magie de l'enfance.

Le père Noël (alias Big Brother les semaines précédant le jour J, "il voit tout ce que tu fais"), la petite souris, les boyaux collés par le chewing gum avalé, mémé qui se transforme en Super Mémé la nuit et cache son costume dans ses oreilles, (la preuve, regarde le bout de tissu vert qui en dépasse), le paradis bleu des poissons par delà les toilettes.

Ben quoi, on m'a bien fait croire que les coqs de tonton faisaient des oeufs dédicacés pour moi, que j'allais chercher avec mon panier, transportée de joie ! Et ma cousine a bien été punie à l'école, parce que non, elle ne mentait pas assurait-elle, tonton fait bien pousser les spaghettis dans son jardin, il en a plein de rangées ! (merci tonton, où que tu sois à présent....). Pas de raison que je ne m'amuse pas à mon tour maintenant...

La cérémonie donc. S'en suivent généralement une pelletée de questions.

Non chéri, c'est que pour les poissons, pépé n'est pas passé par là.

Non, nous n'aurons pas à passer la main à travers les tuyaux pour leur donner à manger, c'est le paradis bleu, ils ont tout ce qu'il leur faut là-bas.

J'étais déjà passée précédemment par LES questions sur la mort avec son frère, beaucoup plus "coriace", et j'avais pu, au travers de ses interrogations, suivre le cheminement de ses réflexions au fil de mes réponses, lesquelles je dois le dire, étaient de plus en plus embarassées, les questions devenant de plus en plus... ciblées.

- maman tu sais, Mirza elle est morte (Mirza : chienne des grands-parents).

- oui je sais chéri, c'est triste.

- pourquoi elle est morte ?

- parce qu'elle était très très très vieille......... mais elle a eu une très belle vie, et elle n'a pas souffert, c'est réconfortant

- elle a quel âge mémé ?

- .... 66 ans.

- elle est vieille alors. Elle va mourir ?

- oui, mais pas bientôt, elle est en bonne santé, elle va vivre encore longtemps longtemps.

- et toi t'as quel âge ?

- 33 ans, je suis en bonne santé, et 33 ans c'est pas vieux, t'inquiètes pas.

- mais tu vas mourir un jour ?

- oui, c'est normal, tout le monde meurt un jour, mais tu seras très grand, et c'est dans encore plus longtemps...

- mais y a bien des gens qui meurent et ils sont pas vieux ?

- ..................... oui...... c'est vrai........ (grrrrr)...... ça peut arriver, quand on est trèèèèès malade par exemple, ou un accident, mais nous tout va bien chéri, essaie de penser à autre chose, hein ? ......

- mais alors moi aussi je vais mourir un jour !!! On devient quoi quand on meurt ?

- (nous y voilà....) Hé bien quand on meurt, c'est comme quand un film se termine, tu as bien profité du film, et il se termine.

- mais on revient après ?

- (.... je veux être ailleurs, je veux être ailleurs, je veux être ailleurs....) non, on ne revient pas, on a eu la vie, et après, on ne l'a plus, c'est pour ça qu'il faut en profiter.

- Je veuuuuux pas mourriiiiiiiiir et je veuuuuuux pas que tu meuuuuuuuurs ouiiiiiiiiiinnnnnnnnn

- chéri chéri chéri, je me trompe peut-être, je sais pas, peut-être qu'on revient, il y a des gens qui croient qu'on revient tu sais, personne ne le sait avant que ça n'arrive.

- je veuuux pas que tu meuuuuurs ouiiiiin

- ok ok ok, on revient après, je suis sûre qu'on revient mon coeur.

- ......

Fin du déluge, en version courte.

Et deuxième gros mensonge après le père Noël. En réalité, ses réflexions sur la mort ont duré des jours, et j'ai sorti l'artillerie du gros mensonge pour qu'il pense enfin à autre chose, jusqu'à ce qu'il soit en âge d'aborder à nouveau la question avec plus de distance.

Son petit frère, plus pragmatique, a accepté l'idée de la mort et sa fatalité plus facilement, et m'a cueillie un soir, alors que je le bordais, en m'observant droit dans les yeux, ses bras encore autour de mon cou :

- maman, je t'aimerai toujours, même quand tu seras morte. Je t'apporterai plein de tulipes au cimetière.

-.... °0oO merci, mes fleurs préférées... je sais mon poussin, mais pour l'instant, on vit et il est tard, alors chuuuuut et fais dodo, je t'aime.

Me voilà rassurée, j'aurai des tulipes…

Et je n’ai pas encore changé l’eau des poissons…

                                                                                                                       

lundi 1 juillet 2013

A dans trois semaines mon amour



Il s’est  éloigné, le sourire aux lèvres, le cartable surdimensionné et rempli à craquer l'emportant presque en arrière, un signe de la main.
"Je t'aime maman".
Le soleil capricieux illuminait déjà ses cheveux blonds, donnant à ce début de journée un avant goût de vacances. Avec sa copine ils ont franchi ensemble la porte de l'école, déjà pris dans leur gaie discussion, le cœur léger, insouciants comme doivent l'être les enfants.
Mon cœur à moi, mon cœur éternellement inquiet depuis le jour de sa naissance, mon cœur de maman, s'est rasséréné en le voyant marcher ainsi accompagné. "Il n'est pas seul".
On redoute certainement pour ses enfants ce qui nous fait le plus souffrir soi-même.
Quelle étrange chose que d'être mère. Ce petit garçon qui me fait gonfler le cœur alors qu'il s'éloigne, les joues constellées de tâches de rousseur, je me souviens sans effort de son visage au premier jour de sa vie.
Et du tsunami d'émotions qui ont accompagné ce moment.
Alors qu'il rampait sur mon ventre pour trouver de quoi calmer sa faim et se procurer un plaisir immédiat, j'ai nettement entendu se verrouiller le deuxième cadenas qui allait enclaver cette vie à la mienne, jusqu'à mon dernier souffle.
Il disait, comme s'il lançait un anathème, que mon bonheur serait désormais dépendant de celui de ce petit être.
Il scellait pour toujours la porte de mon cœur, geôle invulnérable où l’attendait déjà son frère.
L'étrange sensation de savoir qu'à cet instant, j'étais tout pour lui, et qu'il était tout pour moi.
Et dans ce vertige d'infini, où je le contemplais respirer ses premières bouffées d'air, épuisée par le travail et si fière d'y être arrivée, seule, je me souviens d'avoir pris excessivement conscience du commencement de sa vie, et d'avoir brièvement réalisé qu'elle aurait une fin.
Un raccourci sans doute pas des plus approprié en ces circonstances, je me demandais si j'étais la seule à avoir cette pensée en donnant la vie, ou si j'étais définitivement dérangée.
Puis j'ai confié pour la première fois mon enfant aux bras d'une autre femme, l'emmenant au bout du monde, dans la salle d'à côté.
Ce ne serait hélas pas la dernière fois, et la vie m'apprendrait plus tard la douleur incommensurable de le voir dans les bras de la femme qui prendrait une semaine sur deux ma place dans son quotidien.
Comme elle m'apprendrait à cicatriser, à pardonner, à accepter l'amour qu'elle lui porte, à grandir.
Il s'est éloigné, le sourire aux lèvres, le cœur léger, et le cadenas a grincé.
"Je t'aime maman".
« Je t’aime aussi, à dans trois semaines mon amour ».