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jeudi 11 juillet 2013

Dans le silence du monde


Il s’éveille souvent le soir. Quand le monde s’endort et éteint ses lumières, il me dit que je suis seule, et je lui dis de se taire.

Il commence par un murmure, à peine le souffle d’un mot. Je le comprends à peine, mais connais son propos.

Alors, le son de la télé envahit la pièce, et dans la lumière bleue, j’attends qu’il disparaisse.

Quel espoir illusoire, que cette attente est vaine. Qui a jamais su ôter l’espoir de ses veines ?

Puis la nuit tombe, et ses mots retentissent dans l’espace, résonnant au rideau des étoiles, leurs improbables paroisses.

Il me parle d’un autre, d’un possible meilleur, où l’on a quatre bras, pour porter joies et malheurs.

Puis, moqueur, me renvoie en miroir, en plein visage l’absolue solitude, de mon cœur le pillard.

Il me dit que la vie est une danse, et qu’elle se fait à deux, que pour une misérable, la chandelle n'en vaut pas le jeu.

Il rit de mes attentes et rit de mes détresses, répète à qui veut l’entendre que je ne suis que faiblesse.

Qu’au ballet des amours, les plus fortes s’en sortent, les mendiantes maladroites y prennent plutôt la porte.

Alors que je m’endors, je l’implore de se taire, et demain peut-être, il partira à l’aurore, à son tour solitaire.

Pour une journée, une journée seulement, je m’amuserai à croire qu’il ne chantera plus ses tourments.

Je prendrai soin de cacher sa présence, compagnon invisible de chacun de mes pas, vous ne le verrez pas.

Il attendra le soir, et ses absences fécondes, pour résonner à nouveau dans le silence du monde.
 

dimanche 30 juin 2013

La délicieuse morsure de l'impatience

 
La veille de Noël, quand on est enfant.
Le matin au réveil pour voir si la petite souris est passée.
 
La veille des grandes vacances.
La veille du départ en vacances.
La première fois que l'on aperçoit la mer.
La rentrée des classes pour revoir les amis.
Le premier rendez-vous amoureux.
L'ouverture de la boîte aux lettres, m'aura-t-il/elle écrit ?
La première fois que l'on va conduire.
La première nuit d'amour.
La première paie.
La première voiture.
La première fois que l'on fait les courses pour soi.
Vendredi, la fin de la semaine de travail.
La veille des congés payés.
L'ouverture de la boîte mail, m'aura-t-il/elle écrit ?
La première nuit dans son premier appartement.
La première présentation de son amoureux/se à ses parents.
La première fois que l'on fait les courses à deux.
La première fois que l'on vit à deux.
La tonalité qui annonce qu'il/elle a envoyé un message.
La fin de la journée, pour le/la retrouver.
La première échographie.
La première fois qu’elle le sent bouger.
La première fois qu'il le sent bouger sous ses mains.
La première fois qu’elle/il le tient dans ses bras.
La première fois que l'on est responsable d'une vie.
Le premier "maman" ou « papa » qu’elle/il entend.
Ses premiers pas.
La première fois qu’elle devient la petite souris.
La première fois qu'il va faire le Père Noël.
 
Vous en souvenez-vous ? Peut-être n'avez-vous pas encore vécu tous ces instants, et la liste n’est pas exhaustive. Vous n'avez pas pu cependant échapper à quelques uns d'entre eux, à moins de ne pas avoir vécu.
 Chacun de ces moments nous a fait battre le coeur plus vite, et a véhiculé de l'émotion et du bonheur.
« Vivre, c’est se réveiller la nuit dans l’impatience du jour à venir, c’est s’émerveiller de ce que le miracle quotidien se produise pour nous une fois encore, c’est avoir des insomnies de joie » (Paul-Emile Victor).
Il faut garder l’émotion de ces moments intacte, savoir en dénicher au quotidien et je nous souhaite de savoir savourer, aussi souvent que possible, la délicieuse morsure de l’impatience.
 

mardi 25 juin 2013

Ma maison n'est pas celle que l'on croit


Il est des personnes, que l’on dit « lunaires ». Vous en croisez sans doute, peut-être au quotidien.


Elles se prennent un lampadaire dans la tête, vont au travail avec deux chaussures différentes, ont des mots écrits plein la paume des mains, portent parfois leurs vêtements à l’envers, et semblent être ailleurs la plupart du temps.

Ne soyez pas trop durs avec elles, elles ne sont pas d’ici.

Elles habitent un ailleurs que vous avez connu il y a longtemps, avant d’y renoncer, sans vous en rendre compte, comme s’efface lentement mais irrémédiablement le plus ancien de nos souvenirs.

Elles ont pris un chemin de traverse, elles aussi sans s’en rendre compte, pour éviter l’irrémédiable avec lequel  vous composez chaque jour.

C’est une sortie de secours, une porte dérobée au-delà de laquelle la vie est différente, qu’elles empruntent aussi facilement que vous montez dans l’ascenseur.

Bien-sûr  au risque d’être mal jugées. Irresponsables, distantes, froides, timides, inintéressantes, transparentes. Au risque de ne plus savoir composer avec vous parfois, et avec le monde d’en bas.

Mais quelle importance. Ce chemin de traverse n’est pas visible de tout un chacun et c'est tant mieux. Je n’aimerais pas que tout le monde y accède, c’est là que j’habite.

Ma maison n’est pas celle que l’on croit.