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jeudi 11 juillet 2013

Dans le silence du monde


Il s’éveille souvent le soir. Quand le monde s’endort et éteint ses lumières, il me dit que je suis seule, et je lui dis de se taire.

Il commence par un murmure, à peine le souffle d’un mot. Je le comprends à peine, mais connais son propos.

Alors, le son de la télé envahit la pièce, et dans la lumière bleue, j’attends qu’il disparaisse.

Quel espoir illusoire, que cette attente est vaine. Qui a jamais su ôter l’espoir de ses veines ?

Puis la nuit tombe, et ses mots retentissent dans l’espace, résonnant au rideau des étoiles, leurs improbables paroisses.

Il me parle d’un autre, d’un possible meilleur, où l’on a quatre bras, pour porter joies et malheurs.

Puis, moqueur, me renvoie en miroir, en plein visage l’absolue solitude, de mon cœur le pillard.

Il me dit que la vie est une danse, et qu’elle se fait à deux, que pour une misérable, la chandelle n'en vaut pas le jeu.

Il rit de mes attentes et rit de mes détresses, répète à qui veut l’entendre que je ne suis que faiblesse.

Qu’au ballet des amours, les plus fortes s’en sortent, les mendiantes maladroites y prennent plutôt la porte.

Alors que je m’endors, je l’implore de se taire, et demain peut-être, il partira à l’aurore, à son tour solitaire.

Pour une journée, une journée seulement, je m’amuserai à croire qu’il ne chantera plus ses tourments.

Je prendrai soin de cacher sa présence, compagnon invisible de chacun de mes pas, vous ne le verrez pas.

Il attendra le soir, et ses absences fécondes, pour résonner à nouveau dans le silence du monde.
 

jeudi 4 juillet 2013

Il est temps d'aller lui dire ma poésie


Ce petit accident domestique qui a occasionné trois semaines de repos forcé, non moins apprécié cependant, me permet de m'adonner à l'un de mes sports préférés, la grasse matinée.

Oui, je suis très sportive.

Les loulous étant partis chez papa, rien, le matin, ne m'oblige à me lever tôt.

La chienne attend sagement les bruits annonçant que sa nonchalente maîtresse vient enfin de poser un pied par terre.

Et c'est avec délectation que je traîne au lit, un bouquin à proximité s'il me venait l'idée d'ouvrir l'oeil un peu trop tôt, pour m'inciter à traîner davantage, le nez dans son histoire, pelotonnée sous la couette.

La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt, pas grave, je vous la laisse, je préfère la nuit.

Bien-sûr il est des façons plus agréables de profiter d'une grasse matinée, mais bon, on fait avec ce qu'on a n'est-ce pas, et en l'occurence.... un bouquin.

Il m'est arrivé d'être bien plus mal accompagnée.

Et puis l'heure tourne, et un soupçon de culpabilité pointe le bout de son nez, me faisant enfin me lever.

A défaut de bras aimants, ce sont les quatre pattes de la chienne qui trépignent de bonheur en m'apercevant enfin, alors que j'ouvre la porte du couloir, comme si chaque matin me ressuscitait.

Non, elle n'a pas dormi sur le canapé, c'est interdit, et je ne saurai jamais quel autre petit chien fantôme et farceur y fait chaque nuit ces traces de pattes et simule la trace de son corps là, tout contre le coussin...

En touchant l'empreinte, je découvre que les fantômes des petits chiens ont le corps chaud.

Elle fait semblant de n'avoir jamais goûté au moelleux du divan, je fais semblant d'y croire, un petit deal entre nous.

Je fais le tour de la pièce, ouvrant un à un les volets roulants, une boule de poils faisant une danse frénétique sur mes talons, le museau tendu vers sa version du paradis, mes bras.

Je lui offre le paradis, tout laissant entrer le jour de mon bras libre, et en évitant autant que possible ses démonstrations d'amour, visant mon visage.

Au passage, je fais semblant (encore) de ne pas voir le vélo d'appartement, sur lequel je regarderai plus tard (normalement...) défiler trop lentement ces maudites calories, non sans accompagner ma souffrance de quelque poésie ("putain j'vais mourir", "mais comment ils font pour aimer ça, faut être malade", "aaaarrrrggggghhhh", "j'en peux plus", "le chrono déconne c'est pas possible", etc).

Les quinze minutes (le premier qui dit "seulement ?" je l'explose) les plus longues de ma journée.

Je me risque à ouvrir la baie vitrée pour observer les gens pressés, quel bonheur de ne pas rejoindre leur course pour l'instant, prenant le risque de créer l'accident d'un automobiliste qui aurait aperçu le temps d'un regard, mes yeux hagards et mes cheveux emmêlés, -dans ma longue nuisette vaporeuse-, dans mon cycliste/débardeur envoûtants. (Ben oui, je vais normalement faire du vélo, pas défiler sur le podium).

Ma balance est de bonne humeur et m'annonce -2kg, c'est bien, elle n'aura pas de coup de pied aujourd'hui. A l'agonie (presque) chaque matin sur ce maudit vélo, elle a intérêt à se montrer conciliante.

Avec le soleil, ça fait deux bonnes nouvelles, le sourire tient à si peu de choses parfois.

Un café à la main, je jette un rapide coup d'oeil circulaire à la pièce. Ha oui quand même. Un jour, il faudrait que je range.

Pas moyen de mettre le désordre ambiant sur le dos des enfants (ben quoi, ils servent aussi à ça).

Cette chienne est vraiment désagréable (on fait avec ce qu'on a, bis).

Dehors, le voisin joue avec son fils, et j'ai une pensée pour le miens.

Pas la peine d'attendre un hypothétique sms de mon grand, il a le sms aussi monosyllabique que son père. Et je dois reconnaître qu'il a fait un superbe effort, alors qu'en lui disant au revoir je lui suggérais de m'envoyer un petit mot de temps en temps.

A peine avait-il fait 10m dans la voiture de son père, qu'il m'envoyait "salut tout se passe bien il fait beau bisou".

Voilà, ça c'est fait. Même pas au pluriel le bisou.

Cet enfant a le même humour que sa mère, on n'est pas rendus.

Un autre début de journée solitaire, mais le cœur léger aujourd'hui.

Il est des matins plus faciles que d'autres, où un rayon de soleil efface momentanément les absences, des enfants et des autres, qui tendent à prendre tellement de place habituellement.

Elles reviendront bien assez tôt.

Le vélo, lui, est toujours là.

Il est temps d'aller lui dire ma poésie.