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mardi 2 juillet 2013

Je n'ai pas encore changé l'eau des poissons


 Il faut que je change l'eau de poissons.

Cadeau d'anniversaire de mon petit dernier, qui les a réclamés pendant des mois, et les regarde à peine aujourd'hui. Qui s'en surprend ?

Je reconnais que je n'étais pas particulièrement opposée à accueillir ces nouveaux pensionnaires, et connaissant à l'avance la fin de l'histoire, j'avais délibérément choisi un aquarium peu encombrant et permettant un nettoyage rapide.

Minimum d'entretien ces bestioles, et accessoirement un tremplin à la rêverie (comme si j'avais besoin d'un tremplin pour ça), à condition qu'on puisse les apercevoir et qu'ils ne nagent pas en eaux troubles.

Une pauvre réplique d'une ruine romaine du meilleur goût jouxte des galets bleus d'un goût tout aussi exquis, décor que seuls les enfants peuvent trouver "magnifique" (seuls les enfants, n'est-ce pas ??).

Nous avons déjà eu des poissons auparavant, et les enfants ayant grandi je suis ravie que lorsqu'ils nageront sur le dos (les poissons, pas les enfants), nous n'aurons plus à les accompagner à l'occasion d'une cérémonie officielle, dans leur dernière demeure.

Celle-ci se situant à l'autre bout des tuyaux des toilettes, comme c'est pratique,  les choses sont bien faites quand même, dans un paradis bleu sans parois, où les attendaient tous les copains qui les y avaient précédé (ils étaient nombreux).

Oui, on peut tout faire gober aux gosses, magie de l'enfance.

Le père Noël (alias Big Brother les semaines précédant le jour J, "il voit tout ce que tu fais"), la petite souris, les boyaux collés par le chewing gum avalé, mémé qui se transforme en Super Mémé la nuit et cache son costume dans ses oreilles, (la preuve, regarde le bout de tissu vert qui en dépasse), le paradis bleu des poissons par delà les toilettes.

Ben quoi, on m'a bien fait croire que les coqs de tonton faisaient des oeufs dédicacés pour moi, que j'allais chercher avec mon panier, transportée de joie ! Et ma cousine a bien été punie à l'école, parce que non, elle ne mentait pas assurait-elle, tonton fait bien pousser les spaghettis dans son jardin, il en a plein de rangées ! (merci tonton, où que tu sois à présent....). Pas de raison que je ne m'amuse pas à mon tour maintenant...

La cérémonie donc. S'en suivent généralement une pelletée de questions.

Non chéri, c'est que pour les poissons, pépé n'est pas passé par là.

Non, nous n'aurons pas à passer la main à travers les tuyaux pour leur donner à manger, c'est le paradis bleu, ils ont tout ce qu'il leur faut là-bas.

J'étais déjà passée précédemment par LES questions sur la mort avec son frère, beaucoup plus "coriace", et j'avais pu, au travers de ses interrogations, suivre le cheminement de ses réflexions au fil de mes réponses, lesquelles je dois le dire, étaient de plus en plus embarassées, les questions devenant de plus en plus... ciblées.

- maman tu sais, Mirza elle est morte (Mirza : chienne des grands-parents).

- oui je sais chéri, c'est triste.

- pourquoi elle est morte ?

- parce qu'elle était très très très vieille......... mais elle a eu une très belle vie, et elle n'a pas souffert, c'est réconfortant

- elle a quel âge mémé ?

- .... 66 ans.

- elle est vieille alors. Elle va mourir ?

- oui, mais pas bientôt, elle est en bonne santé, elle va vivre encore longtemps longtemps.

- et toi t'as quel âge ?

- 33 ans, je suis en bonne santé, et 33 ans c'est pas vieux, t'inquiètes pas.

- mais tu vas mourir un jour ?

- oui, c'est normal, tout le monde meurt un jour, mais tu seras très grand, et c'est dans encore plus longtemps...

- mais y a bien des gens qui meurent et ils sont pas vieux ?

- ..................... oui...... c'est vrai........ (grrrrr)...... ça peut arriver, quand on est trèèèèès malade par exemple, ou un accident, mais nous tout va bien chéri, essaie de penser à autre chose, hein ? ......

- mais alors moi aussi je vais mourir un jour !!! On devient quoi quand on meurt ?

- (nous y voilà....) Hé bien quand on meurt, c'est comme quand un film se termine, tu as bien profité du film, et il se termine.

- mais on revient après ?

- (.... je veux être ailleurs, je veux être ailleurs, je veux être ailleurs....) non, on ne revient pas, on a eu la vie, et après, on ne l'a plus, c'est pour ça qu'il faut en profiter.

- Je veuuuuux pas mourriiiiiiiiir et je veuuuuuux pas que tu meuuuuuuuurs ouiiiiiiiiiinnnnnnnnn

- chéri chéri chéri, je me trompe peut-être, je sais pas, peut-être qu'on revient, il y a des gens qui croient qu'on revient tu sais, personne ne le sait avant que ça n'arrive.

- je veuuux pas que tu meuuuuurs ouiiiiin

- ok ok ok, on revient après, je suis sûre qu'on revient mon coeur.

- ......

Fin du déluge, en version courte.

Et deuxième gros mensonge après le père Noël. En réalité, ses réflexions sur la mort ont duré des jours, et j'ai sorti l'artillerie du gros mensonge pour qu'il pense enfin à autre chose, jusqu'à ce qu'il soit en âge d'aborder à nouveau la question avec plus de distance.

Son petit frère, plus pragmatique, a accepté l'idée de la mort et sa fatalité plus facilement, et m'a cueillie un soir, alors que je le bordais, en m'observant droit dans les yeux, ses bras encore autour de mon cou :

- maman, je t'aimerai toujours, même quand tu seras morte. Je t'apporterai plein de tulipes au cimetière.

-.... °0oO merci, mes fleurs préférées... je sais mon poussin, mais pour l'instant, on vit et il est tard, alors chuuuuut et fais dodo, je t'aime.

Me voilà rassurée, j'aurai des tulipes…

Et je n’ai pas encore changé l’eau des poissons…

                                                                                                                       

lundi 1 juillet 2013

A dans trois semaines mon amour



Il s’est  éloigné, le sourire aux lèvres, le cartable surdimensionné et rempli à craquer l'emportant presque en arrière, un signe de la main.
"Je t'aime maman".
Le soleil capricieux illuminait déjà ses cheveux blonds, donnant à ce début de journée un avant goût de vacances. Avec sa copine ils ont franchi ensemble la porte de l'école, déjà pris dans leur gaie discussion, le cœur léger, insouciants comme doivent l'être les enfants.
Mon cœur à moi, mon cœur éternellement inquiet depuis le jour de sa naissance, mon cœur de maman, s'est rasséréné en le voyant marcher ainsi accompagné. "Il n'est pas seul".
On redoute certainement pour ses enfants ce qui nous fait le plus souffrir soi-même.
Quelle étrange chose que d'être mère. Ce petit garçon qui me fait gonfler le cœur alors qu'il s'éloigne, les joues constellées de tâches de rousseur, je me souviens sans effort de son visage au premier jour de sa vie.
Et du tsunami d'émotions qui ont accompagné ce moment.
Alors qu'il rampait sur mon ventre pour trouver de quoi calmer sa faim et se procurer un plaisir immédiat, j'ai nettement entendu se verrouiller le deuxième cadenas qui allait enclaver cette vie à la mienne, jusqu'à mon dernier souffle.
Il disait, comme s'il lançait un anathème, que mon bonheur serait désormais dépendant de celui de ce petit être.
Il scellait pour toujours la porte de mon cœur, geôle invulnérable où l’attendait déjà son frère.
L'étrange sensation de savoir qu'à cet instant, j'étais tout pour lui, et qu'il était tout pour moi.
Et dans ce vertige d'infini, où je le contemplais respirer ses premières bouffées d'air, épuisée par le travail et si fière d'y être arrivée, seule, je me souviens d'avoir pris excessivement conscience du commencement de sa vie, et d'avoir brièvement réalisé qu'elle aurait une fin.
Un raccourci sans doute pas des plus approprié en ces circonstances, je me demandais si j'étais la seule à avoir cette pensée en donnant la vie, ou si j'étais définitivement dérangée.
Puis j'ai confié pour la première fois mon enfant aux bras d'une autre femme, l'emmenant au bout du monde, dans la salle d'à côté.
Ce ne serait hélas pas la dernière fois, et la vie m'apprendrait plus tard la douleur incommensurable de le voir dans les bras de la femme qui prendrait une semaine sur deux ma place dans son quotidien.
Comme elle m'apprendrait à cicatriser, à pardonner, à accepter l'amour qu'elle lui porte, à grandir.
Il s'est éloigné, le sourire aux lèvres, le cœur léger, et le cadenas a grincé.
"Je t'aime maman".
« Je t’aime aussi, à dans trois semaines mon amour ».